La longue marche pour des canettes vides

Un changement de consigne qui soulève des questions

Dimanche matin, alors que je m’apprêtais à faire mes courses, le sac de canettes vides m’a sauté aux yeux. Il était temps de les rapporter aux machines de consigne. Mon supermarché en dispose de deux, souvent en service, ce qui peut être frustrant. Cependant, cette fois-ci, j’ai remarqué qu’il n’y avait personne devant les machines. Quelle chance, pensais-je, j’allais pouvoir m’en débarrasser rapidement !

Mais à ma grande surprise, j’ai découvert que le service de consigne avait été arrêté ce dimanche-là. À la place, il fallait se rendre à un local de Consignaction, situé à quelques rues de là. J’étais à la fois décontenancée et irritée.

Une communication défaillante

Décontenancée parce que, deux semaines auparavant, j’étais venue faire mes courses dans ce magasin que je fréquente depuis des années. Si un changement avait été annoncé, il était loin d’être visible. Sur Internet, il est toujours indiqué que le magasin offre un service de recyclage. J’ai même interrogé un employé pour vérifier que je ne rêvais pas en lisant l’avis sur les machines.

Mais mon irritation est également liée à une entorse au bon sens. Depuis la réforme du système de consigne au Québec en 2023, je pensais que seules les petites épiceries étaient exemptées de ce service. Or, une nouvelle disposition permet aux grandes surfaces de ne plus accepter les contenants si elles sont associées à un autre lieu de retour à proximité.

Un accès compliqué

Dans mon cas, le local de Consignaction n’est pas si proche ; il faut s’y rendre en voiture ou emprunter un trajet compliqué en transport en commun. Tout cela pour rapporter moins de deux douzaines de canettes par mois, alors qu’il aurait été plus simple de jumeler épicerie et consigne, comme cela se faisait depuis des décennies.

Sur le site de Consignaction, il est reconnu qu’il y aura moins de lieux de retour, mais les responsables affirment que ceux-ci pourront traiter de plus grands volumes grâce à des équipements modernes. J’ai de sérieux doutes à ce sujet. Personnellement, à cause du détour, j’ai moins envie de conserver mes bouteilles et canettes. Dans mon entourage, certains préféreront sûrement jeter leurs contenants dans le bac de recyclage, même si nous ne savons pas si cela est aussi efficace que la consigne.

La rupture d’un contrat social

Les réseaux sociaux ont également réagi à cette situation, soulignant une rupture du contrat social qui lie les citoyens à l’effort collectif de récupération. Dans un article récent, La Presse a évoqué le retard dans l’ouverture de points de retour pour les nouveaux contenants consignés. Karel Ménard, directeur d’une organisation de gestion des déchets, a également mis en garde : si les gens doivent parcourir de longues distances pour rapporter leurs contenants, cela pourrait les décourager.

En effet, toute mesure environnementale qui complique la vie des gens risque de ne pas être adoptée. Pendant ce temps, les supermarchés, eux, bénéficient de la fin d’un service qui avait toujours été offert. Trouvez l’erreur !

Quid des plus démunis ?

Cette situation soulève également des inquiétudes quant aux personnes en situation de précarité qui ramassent des canettes pour gagner un peu d’argent. Vont-elles devoir faire la queue au local de Consignaction ? Encore faut-il qu’elles puissent s’y rendre, ce qui est plus difficile que d’aller à l’épicerie de quartier.

J’ai croisé un homme visiblement démuni, immobile devant les machines hors d’état de marche, traînant deux énormes sacs de contenants. Un commis lui a remis une adresse, et il est reparti à pied pour une longue marche, sans argent pour le transport. C’était pathétique. La misère grandit, et même dans les gestes les plus simples, on ajoute au fardeau des plus démunis. Mais les nouvelles machines sont performantes, n’est-ce pas ?

Pour ceux qui doivent se déplacer, il est essentiel de réserver un transport adapté pour éviter des frais supplémentaires. En outre, il est crucial de comparer les services pour anticiper les coûts liés à ces déplacements.

En somme, cette réforme, qui se veut écologique, semble davantage compliquer la vie des citoyens que de favoriser un engagement collectif vers une gestion des déchets plus responsable.

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