Une association observée dans l’étude française NutriNet-Santé
Jean-Luc Mélenchon a aussi évoqué le recrutement de 400 000 agricultrices et agriculteurs pour accompagner le développement du bio. Son argument sanitaire s’appuie sur l’idée que l’agriculture biologique, qui n’autorise pas les pesticides et engrais chimiques de synthèse, pourrait réduire l’exposition à des substances susceptibles de perturber le métabolisme.
L’étude française la plus souvent citée sur le sujet a suivi 33 256 participants de la cohorte NutriNet-Santé entre 2014 et 2019. Au cours de cette période, 293 nouveaux cas de diabète de type 2 ont été recensés. Les personnes déclarant consommer davantage d’aliments biologiques présentaient un risque plus faible que celles qui en consommaient moins. Une hausse de cinq points de la part du bio dans l’alimentation était associée à une baisse de 3 % du risque.
Ces résultats ne démontrent toutefois pas que les produits bio protègent directement du diabète. L’étude est observationnelle : elle compare les habitudes et l’état de santé des participants, sans répartir au hasard des personnes entre une alimentation bio et une alimentation conventionnelle. Il est donc difficile d’écarter l’influence d’autres différences entre les groupes, comme leur mode de vie ou la qualité générale de leur alimentation.
Le lien de causalité reste à établir
La chercheuse en épidémiologie nutritionnelle à l’Inrae Julia Baudry, coautrice de l’étude, souligne également que les participants ont été recrutés sur Internet et que leurs réponses reposaient sur des questionnaires. Une déclaration trop élevée de leur consommation bio ne peut être exclue. Le suivi, d’environ quatre ans, est par ailleurs court au regard d’une maladie qui peut se développer sur plusieurs décennies.
D’autres travaux vont dans le même sens. Une étude américaine publiée en 2018 a associé la consommation régulière d’aliments biologiques à un risque de diabète de type 2 inférieur de 20 %. Une analyse danoise publiée en 2023, portant sur 41 000 personnes de plus de 50 ans, a également observé une incidence plus faible chez les consommateurs de bio. Mais ces recherches reposent elles aussi sur des cohortes observationnelles et sur des habitudes déclarées par les participants.
À ce jour, selon Julia Baudry, aucun essai randomisé de longue durée n’a établi l’effet de la consommation bio sur le risque de diabète de type 2. De courts essais ont observé une baisse de biomarqueurs de pesticides dans les urines après six jours d’alimentation biologique, sans mesurer pour autant une diminution du risque de diabète. Par ailleurs, l’étude NutriNet-Santé portait sur les aliments consommés, et non sur l’exposition individuelle aux pesticides : elle ne permet donc pas d’expliquer le lien observé par cette seule hypothèse.
Le bio ne suffit pas à garantir une alimentation protectrice
Les produits bio ne sont pas nécessairement exempts de résidus de pesticides. Et leur mode de production ne modifie pas, à lui seul, leur composition nutritionnelle : un aliment trop gras ou trop salé le reste même s’il est biologique.
La conclusion est donc plus nuancée que l’affirmation avancée lors du meeting : les études disponibles convergent vers une association entre consommation de bio et risque réduit de diabète de type 2, mais elles ne prouvent pas que le bio empêche la maladie ni qu’il entraînerait à lui seul des économies de santé. La prévention repose aussi sur d’autres habitudes, dont une consommation moindre d’aliments ultra-transformés, davantage de produits végétaux et une activité physique régulière.
Source : TF1 INFO – L'info pour tous et pour chacun (www.tf1info.fr)
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Auteur : Alexandre Capron



