Le CNRS développe une méthode innovante pour apprendre les maths de manière tactile.
Apprendre les maths au bout des doigts
Alors que des millions d’élèves (re)découvrent les mathématiques sur les bancs d’école, le Laboratoire Jean-Alexandre Dieudonné, à Nice, propose une autre manière d’apprendre les maths : par le jeu et le bricolage. Une façon de surmonter le formalisme associé à la discipline.
Pour enseigner autrement les mathématiques, le Laboratoire Jean-Alexandre Dieudonné (LJAD) dispose d’un argument de poids. C’est le seul laboratoire de mathématiques en Europe à posséder son propre fablab, un atelier collaboratif ouvert au public de fabrication d’objets par des procédés numériques. Indira Chatterji et Marc Monticelli animent cet atelier, qui met à disposition des machines-outils pilotées par ordinateur, accessible aux scolaires et aux personnels de recherche.
Dans ces 50 m² d’anciennes salles expérimentales, reconverties en fablab à partir de 2016, on trouve de tout : imprimantes 3D, bancs électroniques, travail du bois, découpe vinyle et découpe laser. Ces instruments apportent à des problématiques complexes des réponses sur me en quelques dizaines de minutes de fabrication.
En 10 ans, plus de 200 modèles différents d’objets ont vu le jour au fablab, y compris par des élèves de collège. Ces objets, conçus pour être manipulés et transportés de classe en classe, sont exposés dans la « Mathothèque », inaugurée à l’été 2025. Les membres du LJAD ont constaté que l’appréhension tactile se révélait plus efficace que les dispositifs numériques pour vulgariser des phénomènes complexes auprès des enfants.
Ce rapport tactile aux mathématiques aide à contourner leur formalisme, qui freine l’apprentissage de la discipline. En assemblant des tiges et des billes de deux couleurs, les jeunes apprennent à appréhender des concepts abstraits de manière concrète.
Le détour par le jeu permet également de décomposer des problèmes mathématiques, comme le montre le jeu de plateau « À table ! », conçu pour introduire les mathématiques du Rubik’s Cube. Les joueurs comprennent que tout réarrangement se décompose en gestes simples, manipulant ainsi des notions de groupe.
Le fablab du LJAD démocratise l’accès à la culture scientifique et facilite l’enseignement des unités et des dizaines, notamment avec des objets comme la « Pascaline-tte Pitchoun », inspirée de la première calculatrice de Blaise Pascal.
Ce souci de démocratiser les mathématiques s’applique à tous, y compris aux enfants en situation de handicap. Le LJAD a conçu un dé à six faces pour aider ces enfants à expérimenter le formalisme mathématique.
Les ateliers et jeux proposés au fablab sont autant de moyens de comprendre pourquoi les scientifiques considèrent les mathématiques comme une discipline belle et esthétique.
Source : CNRS Le Journal
