Aller au contenu
Science et Espace

L’oreille humaine se défend des insectes grâce à des propriétés étonnantes du cérumen, selon des chercheurs.

Le rôle surprenant du cérumen dans la lutte contre les insectes

Le cérumen, souvent considéré comme une simple gêne, pourrait en réalité jouer un rôle de défense naturel contre les insectes. Des recherches récentes menées par une équipe de bio-ingénieurs de l’Institut de technologie de Georgie montrent que ce qui semble être une substance cireuse dans nos oreilles possède des propriétés surprenantes qui repoussent les petites bêtes.

A grasshopper delicately rests on an outstretched hand in Ciudad de México.
Viridiana Rivera · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Dans une étude publiée le 28 octobre dans la revue Soft Matter, le Dr David Hu et ses collègues ont démontré que le cérumen n’est pas véritablement cireux ; au contraire, il absorbe l’eau, ce qui lui confère des capacités uniques. Cette caractéristique d’absorption pourrait aider à réguler l’humidité de l’oreille et à empêcher les insectes d’y pénétrer. Le Dr Stanislav Gorb, morphologue fonctionnel à l’Université de Kiel, souligne que ce matériau biologique familier pourrait représenter une défense physique sophistiquée contre de petits arthropodes.

Une substance encore mal comprise

Close-up view of a hand holding a bag of assorted pills under stark lighting, conveying a serious tone.
MART PRODUCTION · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Si d’autres fluides corporels comme le mucus ou la salive ont été largement étudiés, le cérumen reste souvent méconnu. Le Dr Hu avoue qu’il est mystérieux de définir sa réelle fonction dans notre corps. Bien qu’il agisse parfois comme une nuisance, en provoquant des problèmes d’audition et en obstruant les dispositifs auditifs, des recherches approfondies sur le cérumen pourraient permettre de mieux comprendre ses propriétés et de résoudre ces problèmes.

Pour leur étude, les chercheurs ont analysé 36 échantillons de cérumen provenant de différentes espèces, notamment des porcs, des moutons, des chiens, des vaches, des lapins et des humains. Ils ont aussi observé le comportement des fourmis de feu (Solenopsis invicta) face à ce cérumen, tant naturel que synthétique.

Les résultats étonnants des chercheurs

Les résultats montrent que, malgré leur capacité à grimper sur des surfaces verticales, les fourmis rencontrent d’énormes difficultés à escalader le cérumen. Selon les chercheurs, cette situation s’explique par le fait que le cérumen absorbe l’humidité des pattes des fourmis, rendant leur prise instable. De plus, le cérumen adhère à leur corps, ce qui les pousse à se toilettier sans cesse pour tenter de s’en débarrasser. Le Dr Hu résume ce phénomène en qualifiant le cérumen de « collant et glissant ».

Les analyses chimiques du cérumen ont révélé qu’il est composé à 60 % de cellules de peau morte, agrémentées d’huiles et d’humidité. Cette substance est également poreuse et capable d’absorber deux fois son poids en eau, empêchant ainsi l’accumulation d’eau dans le canal auditif.

Un équilibre délicat

Le cérumen est dynamisé par un mécanisme naturel : il s’assèche et devient friable en environ 10 semaines. Pendant cette période, les cellules qui tapissent le canal auditif agissent comme un convoyeur, maintenant une épaisseur adéquate pour éloigner les insectes. Pour le Dr Hu, « il est plus efficace lorsqu’il est fin. Si le cérumen est trop épais, les fourmis peuvent utiliser leurs petites griffes pour s’accrocher et entrer ».

Le cérumen, un potentiel insectifuge ?

Malgré ces découvertes, le Dr Hu précise qu’il n’existe actuellement aucune méthode concrète pour transformer le cérumen en un insectifuge commercial viable. Étant donné qu’un individu possède environ la quantité de cérumen équivalente à un grain de riz dans chacun de ses conduits auditifs, cela en fait un produit rare à l’échelle mondiale. Cela dit, certaines entreprises explorent des solutions biodégradables et respectueuses de l’environnement pour aborder les problèmes liés aux insectes.

Le Dr Gorb évoque même une perspective fascinante : le cérumen pourrait inspirer une nouvelle génération de surfaces de contrôle des nuisibles non toxiques, applicables à la protection des denrées alimentaires, des produits agricoles ou des technologies.

Ainsi, ce qui était perçu comme un simple désagrément pourrait en réalité offrir des solutions innovantes pour lutter contre les insectes.

Source : Science News (www.sciencenews.org)
Article original : Consulter la source originale

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

Voir le profil et tous les articles
POUR APPROFONDIR

Articles liés à ce sujet

Articles de la même rubrique ou associés à cette localité. Il s’agit de contenus liés, pas nécessairement de comptes rendus du même événement.

Artia13 Music
Compte
Temps de lecture gratuit05:00