Des convois signalés dans le nord du Tigré
Des soldats en uniforme érythréen auraient été aperçus à Adigrat et dans ses environs, rapporte Addis Standard, citant également l’Agence France-Presse. À BBC Africa, un habitant de la ville, qui a demandé à rester anonyme pour des raisons de sécurité, a dit avoir vu une quarantaine de camions transportant des soldats et se dirigeant vers le sud.
Un autre témoin a signalé des véhicules transportant des armes lourdes, dont des canons antiaériens, ainsi que des soldats avançant à pied. Des forces auraient ensuite pris la direction de Mekele, capitale régionale du Tigré, et d’Idaga Hamus, située à une vingtaine de kilomètres au sud d’Adigrat. Certains témoignages font état de jusqu’à 60 camions et de soldats déployés dans les reliefs près d’Idaga Hamus.
Ces récits ne constituent pas une vérification indépendante de l’ensemble des mouvements rapportés. Dans un compte rendu publié le 8 octobre, l’Associated Press indique que les informations sur la présence de soldats érythréens à Adigrat et Idaga Hamus, transmises par un commandant allié au gouvernement éthiopien et par ACLED, n’ont pas pu être vérifiées de façon indépendante par l’agence. ()
Les signalements surviennent après la reprise des combats, le 23 septembre. Les forces fédérales éthiopiennes et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) se disputent le contrôle de la région. Mekele, tombée aux mains du TPLF quelques jours plus tôt, a ensuite été reprise par les forces du Premier ministre Abiy Ahmed, selon les informations rapportées dans les précédents comptes rendus.
Un ancien allié devenu source de tensions
Le ministre érythréen de l’Information, Yemane Meskel, n’a pas démenti que des troupes de son pays aient franchi la frontière. Sur X, il a accusé le gouvernement éthiopien d’invoquer à tort la légitime défense pour justifier une « guerre d’agression ». Cette déclaration expose la position d’Asmara, mais ne confirme pas à elle seule la présence de ses forces dans les lieux cités.
Lors de la guerre du Tigré, de 2020 à 2022, l’Érythrée avait combattu aux côtés des forces fédérales éthiopiennes contre le TPLF. Le conflit aurait fait jusqu’à 600 000 morts, selon certaines estimations. L’accord de cessez-le-feu signé à Pretoria en novembre 2022 n’a pas été signé par l’Érythrée.
Depuis, les relations entre les deux pays se sont détériorées. L’Éthiopie a accusé l’Érythrée, ainsi que l’Égypte et le Soudan, de soutenir le TPLF ; les trois pays ont rejeté ces accusations. Asmara a rompu ses relations diplomatiques avec Addis-Abeba et fermé son ambassade dans la capitale éthiopienne. Les deux gouvernements s’accusent mutuellement d’attiser les conflits internes.
Les informations sur les déplacements de soldats, si elles se confirment, ajouteraient une dimension transfrontalière à la crise. Mais les témoignages rapportés ne permettent pas, à eux seuls, d’établir qu’une guerre entre l’Érythrée et l’Éthiopie a commencé.
Source : Courrier international – Actualités France et Monde, vidéos, infographies (www.courrierinternational.com)
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