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Fact Check

Lignes à très haute tension : lien statistique avec la leucémie infantile, causalité non prouvée

Une ligne à très haute tension rend-elle ses voisins malades ? La question, posée à propos de la Boucle du Hainaut, appelle une réponse plus précise qu’un simple oui ou non. Des études ont observé une association entre certaines expositions aux champs magnétiques du réseau électrique et la leucémie infantile, sans établir que ces champs en soient la cause. Des travaux plus récents ne retrouvent pas tous cette association. (who.int)

L’affirmation vérifiée

Le titre de l’article de Faky transmis pour cette vérification, daté du 21 septembre 2026, demande si « les lignes électriques à très haute tension sont […] dangereuses pour la santé humaine » dans le contexte de la Boucle du Hainaut. C’est une question, non une déclaration attribuable à une personne identifiée. Nous vérifions donc l’hypothèse qu’elle soulève : les connaissances scientifiques permettent-elles d’affirmer que l’exposition liée à ces lignes provoque des maladies, et que permettent-elles de dire sur un risque éventuel ? Le texte fourni ne contient ni mesure d’exposition propre aux habitations concernées par le projet, ni affirmation sanitaire précise d’un opposant ou d’un promoteur à examiner séparément.

Ce que montrent les faits

Il faut d’abord distinguer champ électrique et champ magnétique. Les études au cœur du débat sur la leucémie infantile concernent surtout l’exposition prolongée aux champs magnétiques de très basse fréquence, produits notamment par le réseau électrique. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) les a classés en 2002 dans le groupe 2B, « peut-être cancérogènes pour l’homme ». Ce classement signale un soupçon étayé par des observations limitées chez l’humain : il ne signifie pas que la causalité est démontrée, et ne doit pas être étendu indistinctement aux champs électriques. (who.int)

Le signal historique concerne des enfants exposés en moyenne et sur une longue durée à des champs magnétiques résidentiels supérieurs à environ 0,3 à 0,4 microtesla (µT). Les analyses sur lesquelles s’appuyait l’Organisation mondiale de la santé (OMS) faisaient apparaître, dans ces groupes, un risque de leucémie infantile environ deux fois plus élevé. Mais l’OMS précisait en 2007 que les limites des études, l’absence de mécanisme biologique reconnu pour ces faibles expositions et des résultats expérimentaux largement négatifs ne permettaient pas de conclure à une relation de cause à effet. Un risque relatif observé dans un groupe n’est donc ni la preuve qu’une ligne a causé un cas individuel, ni une mesure du risque d’un logement donné. (who.int)

La vérification

L’étude britannique de Draper et de ses collègues, publiée en 2005, illustre une autre distinction essentielle : habiter près d’une ligne n’équivaut pas à avoir mesuré son exposition magnétique. À partir de 9 700 cas de leucémie parmi 29 081 enfants atteints de cancer, elle trouvait un risque relatif de 1,69 pour les enfants dont le domicile à la naissance était situé à moins de 200 mètres d’une ligne, par comparaison avec ceux vivant à plus de 600 mètres. L’association s’étendait au-delà de la distance attendue pour une forte exposition aux champs de la ligne. Les auteurs indiquaient eux-mêmes qu’elle pouvait relever du hasard ou d’autres facteurs. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)

Les recherches ultérieures ne livrent pas un résultat uniforme. Une analyse groupée publiée en 2022, réunissant les données de quatre études récentes — 24 994 cas de leucémie et 30 769 témoins — ne trouvait pas d’augmentation du risque chez les enfants exposés à au moins 0,4 µT par rapport à ceux exposés à moins de 0,1 µT. Les auteurs notaient toutefois que l’ensemble des études anciennes et récentes conservait une estimation imprécise d’un risque accru. Il serait donc tout aussi abusif de présenter leur résultat comme une preuve définitive d’innocuité. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)

Une étude française publiée en 2025 apporte un éclairage supplémentaire. Elle porte sur 4 117 enfants de moins de 15 ans atteints de leucémie aiguë diagnostiqués entre 2002 et 2010 et sur 44 838 témoins. Les chercheurs observent une association avec la proximité des lignes chez les moins de cinq ans, mais pas avec le champ magnétique calculé au domicile : pour une exposition d’au moins 0,3 µT, leur estimation est de 0,6, avec un intervalle de confiance de 0,3 à 1,3. Ils en concluent que le champ calculé n’explique probablement pas l’association liée à la distance dans leurs données. Cette étude menée en France ne mesure pas l’exposition des riverains de la Boucle du Hainaut. (sciencedirect.com)

En Belgique, le Conseil supérieur de la santé (CSS) retient une position de précaution : dans son avis validé en mai 2020 et publié le 8 septembre 2020, il juge le rôle causal des champs magnétiques incertain, mais impossible à exclure. Il recommande de limiter à 0,4 µT l’exposition moyenne de longue durée dans les zones résidentielles, en tenant aussi compte des câbles souterrains. Le CSS souligne expressément que 0,4 µT n’est pas une frontière entre danger certain au-dessus et sécurité garantie en dessous. C’est une recommandation de précaution, pas la démonstration qu’un riverain donné sera malade. (hgr-css.be)

Les sources et les données

Les données citées ici ne décrivent pas toutes la même chose : l’étude de 2005 compare des distances, tandis que les analyses d’exposition comparent des champs magnétiques mesurés ou estimés. Leurs périodes, leurs populations et leurs méthodes diffèrent également. Pour apprécier la situation autour d’un tracé précis, il faudrait notamment connaître l’exposition de longue durée dans les lieux de vie concernés ; ni le classement du CIRC ni un nombre de mètres pris isolément ne fournissent cette réponse. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)

Verdict

Verdict : à nuancer. Dire que les lignes à très haute tension sont dangereuses pour la santé comme s’il s’agissait d’un effet démontré pour leurs riverains va au-delà des preuves disponibles. Dire qu’aucun risque n’est envisageable effacerait, à l’inverse, les associations observées dans plusieurs études et le motif des recommandations de précaution. Pour la Boucle du Hainaut elle-même, les éléments examinés ne permettent pas d’établir un risque sanitaire propre aux habitations concernées. (who.int)

Ce qu’il faut retenir

Le soupçon scientifique le mieux documenté concerne la leucémie infantile et une exposition magnétique résidentielle prolongée ; sa causalité reste débattue. Les données sur d’autres maladies sont moins convaincantes selon l’OMS. Une politique de précaution et une preuve de danger ne sont pas synonymes : la première répond précisément à l’incertitude laissée par la seconde. (who.int)


Source principale : – Faky (fact checking) (www.rtbf.be)

Article original : Consulter la source originale

Auteur : rtbf.info@rtbf.be (Africa Gordillo)

Sources de vérification

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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