Après les violences du 17 octobre 2026 à Marseille, une affirmation diffusée sur CNews décrit des commerces incendiés dans une rue en fonction de la religion de leurs propriétaires. Des magasins tenus par des personnes juives ont bien subi des dégradations, mais cela ne suffit pas à établir qu’ils ont été choisis pour cette raison. Les éléments vérifiables à ce stade ne confirment ni la sélection alléguée des commerces ni le repérage préalable évoqué à l’antenne. (24vids.com)
L’affirmation vérifiée
Le 18 octobre, au lendemain des violences, le journaliste Paul Amar affirme sur CNews que, dans une rue de Marseille, « tous les commerces détenus par des juifs ont été incendiés », tandis que ceux « tenus par des musulmans » ne l’auraient pas été. Il avance aussi que les auteurs disposaient d’adresses de commerçants juifs, suggérant une préparation. C’est cette affirmation précise — une sélection selon la religion dans une rue donnée — qui est vérifiée ici, et non la question générale de savoir si des commerçants juifs figurent parmi les victimes. L’extrait de l’émission a ensuite circulé sur les réseaux sociaux, puis dans des médias étrangers. (24vids.com)
Ce que montrent les faits
Les dégâts subis par des commerces marseillais ne font pas débat : la chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille-Provence a ouvert, le 19 octobre, un guichet destiné aux entreprises touchées par les pillages et dégradations. Selon le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), des commerces exploités notamment par des personnes juives ont été endommagés. Mais, dans son communiqué du 18 octobre rapporté par IsraJ, l’organisme précise qu’aucun élément ne permet alors d’établir qu’ils ont été visés en raison de la confession de leurs exploitants. (cciamp.com)
Un autre éclairage vient de Bruno Benjamin, président du CRIF Marseille-Provence, interrogé le 18 octobre par l’agence JNS. Il indique ne disposer d’aucun signe montrant que des institutions juives aient été ciblées à Marseille et décrit des pillages de commerces. Sa réponse ne constitue toutefois pas, à elle seule, un inventaire des magasins de la rue évoquée par Paul Amar : il serait abusif de lui faire dire qu’il a vérifié chacun d’eux. (jns.org)
La vérification
La distinction décisive est celle entre commerce touché et commerce choisi parce que son propriétaire est juif. Pour vérifier le récit diffusé sur CNews, il faudrait pouvoir identifier la rue, comparer les établissements atteints et épargnés, établir la nature des dégâts — notamment les incendies allégués — puis rechercher des éléments sur le choix des cibles. Dans l’extrait relayé, ni la rue, ni les commerces concernés, ni l’origine de l’information ne sont nommés. La publication de la CCI documente des sinistres, pas leur répartition selon la religion des exploitants. (24vids.com)
Une rediffusion de l’affirmation sur Europe 1, le 19 octobre, montre comment elle a pu prendre une forme plus générale : un intervenant y présente les magasins appartenant à des Juifs comme les « premières victimes » des pillages marseillais et évoque un repérage de commerces à épargner. Or le propos initial portait sur une rue, sans en donner l’adresse. Élargir ainsi le périmètre ne fournit pas la preuve manquante. (dailymotion.com)
Les sources et les données
Cette vérification s’appuie sur l’extrait de CNews relayé le 18 octobre, sur la communication du SPCJ rapportée le même jour par IsraJ, sur l’entretien de Bruno Benjamin publié par JNS et sur la publication du 19 octobre de la CCI. Elle ne repose pas sur un relevé exhaustif des commerces sinistrés rue par rue, qui permettrait de tester directement le scénario avancé à l’antenne. L’article de CheckNews publié par Libération le 19 octobre rapporte, de son côté, des démentis de responsables religieux locaux qu’il a joints ; nous ne présentons pas ces entretiens comme des démarches réalisées par notre rédaction. (24vids.com)
Verdict
Verdict : non étayé. Les dégradations de commerces, y compris de commerces exploités par des personnes juives, sont documentées. En revanche, les éléments accessibles ne confirment pas que, dans une rue de Marseille, tous les commerces détenus par des Juifs auraient été incendiés pendant que ceux tenus par des musulmans étaient épargnés, ni que leurs adresses auraient servi à préparer les attaques. Ce constat ne démontre pas qu’aucun acte à caractère antisémite n’a pu se produire : il signifie que le ciblage précis affirmé sur CNews n’est pas établi. (israj.media-j.com)
Ce qu’il faut retenir
Le fait vérifié est celui de commerces endommagés. Le motif religieux et le scénario d’une sélection préalable restent, eux, à prouver. Confondre ces deux niveaux revient à transformer des victimes réelles en preuve d’un mécanisme que les informations disponibles ne permettent pas de reconstituer. (israj.media-j.com)
Source principale : Libération (www.liberation.fr)
Article original : Consulter la source originale
Auteur : Elsa de La Roche Saint-André
Sources de vérification
- Extrait de l’intervention de Paul Amar sur CNews, relayé le 18 octobre 2026
- Publication du SPCJ relative à son communiqué du 18 octobre 2026
- IsraJ : compte rendu du communiqué du SPCJ
- JNS : entretien avec Bruno Benjamin
- CCI Aix-Marseille-Provence : guichet d’aide aux commerces touchés
- Europe 1 Info du 19 octobre 2026







