À seize jours des élections de mi-mandat américaines, prévues le 3 novembre 2026, les campagnes donnent à voir des lignes de fracture au sein des deux partis. Des démocrates aux profils progressistes ou atypiques cherchent à élargir leur électorat, tandis que plusieurs républicains doivent composer avec l’héritage de Donald Trump et les attentes de leurs États. (fec.gov)
Des démocrates qui cherchent à élargir leur base
Au Texas, James Talarico mise sur une combinaison peu courante dans son parti : une foi chrétienne revendiquée et un programme de gauche. Cet ancien séminariste presbytérien de 37 ans, qui souhaite devenir pasteur, affronte le républicain Ken Paxton pour un siège au Sénat. Il s’appuie sur l’Évangile pour défendre la justice sociale, la réforme de la fiscalité, une couverture santé universelle et des crèches publiques. Il défend aussi le droit à l’avortement et une politique migratoire axée, selon ses propos, sur la lutte contre les cartels plutôt que contre les communautés immigrées. Le politologue Pierre Martin estime qu’il peut parler à des électeurs conservateurs et religieux. Une éventuelle victoire ferait basculer un État longtemps difficile d’accès pour les démocrates.
Dans le Michigan, Abdul El-Sayed a remporté de justesse la primaire démocrate face à Haley Stevens, pourtant soutenue par l’appareil du parti. Parti d’environ 10 % dans les sondages, ce médecin de 41 ans a gagné avec un point d’avance. Sa campagne a dénoncé l’influence des grandes fortunes et des groupes d’intérêt, alors que plus de 60 millions de dollars avaient été dépensés dans la primaire, dont la moitié attribuée à l’AIPAC par le récit de campagne. Soutenu par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, El-Sayed défend notamment une assurance santé universelle. Il a également piloté un programme visant à effacer jusqu’à 700 millions de dollars de dettes médicales pour 300 000 habitants du Michigan. Il affronte désormais le républicain Mike Rogers pour un siège au Sénat.

En Arizona, l’ancienne Marine JoAnna Mendoza tente de ravir au républicain sortant Juan Ciscomani le siège de la sixième circonscription à la Chambre des représentants. Issue d’une famille d’ouvriers agricoles, elle a servi vingt ans dans la Navy et le corps des Marines, avec des déploiements en Irak et en Afghanistan. Ouvertement queer et mère célibataire, elle concentre aujourd’hui sa campagne sur le pouvoir d’achat et les aides sociales. Sur l’immigration, elle défend un contrôle renforcé de la police fédérale et une voie vers la citoyenneté pour les personnes sans papiers qui travaillent et respectent la loi. L’Arizona Republic a rapporté qu’elle avait supprimé d’anciennes publications sur le racisme systémique, la police et les droits LGBTQ+.
Mary Peltola, démocrate d’Alaska, cherche elle aussi à concilier des positions rarement réunies dans son camp. Candidate au Sénat face au républicain sortant Dan Sullivan, elle soutient le droit de posséder des armes et l’exploitation du pétrole et du gaz, tout en défendant l’environnement et les droits des peuples autochtones. Première Autochtone d’Alaska élue au Congrès, en 2022, elle place aussi la pêche et le coût de la vie au cœur de sa campagne. Son parcours est toutefois contesté : neuf anciens collaborateurs, cités par le New York Times, lui reprochent des colères, des insultes et une bousculade présumée. Peltola réfute les accusations les plus graves.
Des républicains entre ambition personnelle et poids de Trump
Dans l’Ohio, Vivek Ramaswamy, candidat républicain au poste de gouverneur, met en avant son parcours d’entrepreneur et ses origines familiales. Né à Cincinnati de parents immigrés indiens, il a fait fortune dans les biotechnologies avant de se lancer dans la course présidentielle de 2024, puis de rallier Donald Trump. Le président le soutient désormais dans une campagne disputée : plusieurs sondages cités dans le récit placent sa rivale démocrate, Amy Acton, devant lui. Ramaswamy a prêté 25 millions de dollars à sa candidature, selon l’Ohio Capital Journal. Il promet notamment de réduire les impôts fonciers, de supprimer progressivement l’impôt sur le revenu dans l’État et de réformer l’éducation.
En Floride, le républicain Byron Donalds, proche du mouvement MAGA et candidat au poste de gouverneur, fait face au démocrate David Jolly. Son ascension politique s’est construite avec le soutien de Donald Trump, qu’il avait appuyé dès 2023 face à Ron DeSantis lors de la course à l’investiture présidentielle. Mais le mécontentement lié à la guerre en Iran et à l’inflation semble l’avoir conduit à retirer de son site de campagne une photo et plusieurs mentions du président. Cette distance apparente illustre la difficulté, pour certains candidats républicains, de conjuguer fidélité à Trump et préoccupations de leurs électeurs.
En Californie, Steve Hilton veut faire basculer un État gouverné par les démocrates depuis le départ d’Arnold Schwarzenegger en 2011. Ancien conseiller de David Cameron et ex-animateur sur Fox News, il affronte le démocrate Xavier Becerra. Hilton défend des baisses d’impôts et de réglementations, ainsi qu’un organisme inspiré du DOGE d’Elon Musk pour réduire les dépenses publiques. Tout en étant proche de l’univers MAGA, il ne souhaite pas que Trump ou d’autres figures nationales républicaines viennent faire campagne pour lui. En retard dans les sondages, il a aussi suscité la controverse avec un spot électoral jugé provocateur, y compris dans son propre camp.
Ces candidatures reflètent des stratégies distinctes : certains démocrates cherchent à conquérir des électeurs au-delà de leur base, tandis que des républicains tentent d’adapter leur relation à Donald Trump aux réalités locales. Le scrutin du 3 novembre dira si ces positionnements peuvent peser sur l’équilibre du Congrès et sur plusieurs gouvernorats disputés.
Source : RFI – Actualités, info, news en direct – Radio France Internationale (www.rfi.fr)
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Auteur : Nohria Retiel








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