Face au déclin démographique, la Moldavie cherche à faire revenir sa diasporaેણ
La Moldavie cherche à convaincre une partie de sa diaspora de rentrer, alors que l’émigration continue de réduire sa population et fragilise plusieurs secteurs. Les aides destinées aux entrepreneurs et la perspective de participer à la construction d’un pays tourné vers l’Union européenne ne suffisent pas à inverser la tendance. Pour les personnes revenues, l’attachement au pays peut compter autant que les conditions matérielles — mais les écarts de salaires restent considérables.
Une émigration ancienne, aux conséquences durables
Depuis les années 1990, les départs se sont succédé au gré des crises économiques et politiques. Les premiers migrants se rendaient surtout en Russie pour travailler dans le bâtiment. Après la crise financière russe de 1998, les destinations se sont déplacées vers l’ouest, notamment la Roumanie et l’Italie, où de nombreuses Moldaves ont trouvé des emplois dans l’aide à domicile.
Une nouvelle vague a suivi l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne en 2007. Environ un tiers de la population moldave possède aujourd’hui une double nationalité, selon les chiffres rapportés dans le reportage. En 2014, la suppression des visas pour les séjours dans l’UE et la désillusion provoquée par le détournement d’un milliard de dollars du système bancaire ont contribué à de nouveaux départs.
La population, qui approchait les 4,5 millions d’habitants en 1991, est désormais inférieure à trois millions, selon le reportage. Entre 2020 et 2025, le pays aurait perdu plus de 200 000 habitants. Vitalie Sprînceană, sociologue et journaliste, souligne les effets concrets de cette évolution : dans certains villages, dit-il, il devient difficile de réunir huit hommes adultes pour creuser une tombe. Les pénuries touchent aussi les médecins, tandis que le vieillissement démographique pose la question du financement des retraites et des services publics.
Le retour, entre projet professionnel et attachement au pays
Le gouvernement met en avant les possibilités offertes aux personnes qui souhaitent revenir. La plupart des programmes ciblent les petits entrepreneurs, avec des avantages fiscaux et des subventions. Les autorités présentent aussi le retour comme une occasion de prendre part à la transformation du pays, alors que la Moldavie poursuit son rapprochement avec l’Union européenne. Les négociations d’adhésion ont été ouvertes en décembre 2023 ; en 2024, une courte majorité a soutenu l’inscription de l’objectif européen dans la Constitution.
Le parcours de Vlad Vedrașco illustre l’attrait que peut exercer cette perspective. Après être parti aux États-Unis en 2013, il est rentré en 2018 pour reprendre le domaine viticole familial. Il exporte désormais du vin vers l’Union européenne. « Revenir en Moldavie, c’est comme retourner dans le Far West », résume-t-il, comparant l’expérience à une ruée vers l’or : les débuts sont difficiles, mais il estime qu’un effort soutenu peut ensuite ouvrir des perspectives économiques.
Ce récit ne correspond toutefois pas à toutes les situations. Stela Crudu, partie travailler comme aide-soignante en Italie pour rembourser ses dettes et mettre de l’argent de côté, est revenue dans son village. Elle gagne désormais environ 400 à 500 euros par mois dans une usine automobile, contre 1 300 à 1 400 euros en Italie. Elle préfère malgré tout vivre dans son pays, dans sa propre maison et auprès de ses animaux.
Les obstacles ne sont pas seulement financiers
Les écarts de revenus rendent le retour difficile, en particulier dans l’enseignement et les secteurs public et associatif. Alina, professeure de français revenue après plusieurs années à Rome, se réjouit de pouvoir contribuer au système éducatif moldave, mais juge les conditions économiques de l’enseignement public dégradées. Elle estime que les dispositifs d’aide devraient concerner tous les rapatriés, pas seulement les entrepreneurs.
Vlada Ciobanu, rentrée en 2013 après des études au Royaume-Uni, met également en avant le besoin de transports en commun plus fiables, d’un système social solide et de logements abordables. Alexandr Makuhin, sociologue et spécialiste des migrations, considère que le soutien économique est le levier le plus efficace pour encourager les retours. La nostalgie, à elle seule, ne suffit pas à décider ceux qui ont construit leur vie ailleurs.
La Moldavie ne connaît pas, selon Makuhin, de retournement de la tendance à l’émigration. Beaucoup de personnes installées à l’étranger y ont désormais un emploi, un logement et une famille. Sprînceană estime, lui, que la majorité ne reviendra probablement pas et interroge l’intérêt de mobiliser des ressources publiques pour tenter de convaincre celles et ceux qui ne le souhaitent pas.
Le désir de rentrer demeure pourtant réel pour certains, comme le montre l’attachement de plusieurs témoins à leur communauté et à la possibilité d’agir dans un pays en pleine transformation. Mais le reportage souligne le revers de cet espoir : la fille de Stela, âgée de quinze ans, dit déjà vouloir partir après le lycée. Pour que les retours deviennent plus durables, les témoignages recueillis pointent ainsi un enjeu plus large que les aides ponctuelles : rendre les conditions de vie et de travail suffisamment attractives pour que partir ne semble pas être la seule perspective.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
Article original : Consulter la source originale
