Blocages des lycées : Macron reproche à des élus d’exciter les élèves, LFI réplique
Le 30 septembre 2026, Emmanuel Macron a condamné depuis Madrid les violences survenues autour des blocages de lycées et mis en cause, sans les nommer, des responsables politiques présents auprès des élèves. Une déclaration d’un maire insoumis donne un point d’appui concret à cette critique. Elle ne suffit toutefois pas à démontrer que La France insoumise dirige le mouvement ou qu’elle est à l’origine des violences : c’est toute la différence entre confronter des propos et attribuer une responsabilité. ()
La formule présidentielle et sa cible
Lors d’une conférence de presse avec le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, Emmanuel Macron a dit comprendre les « angoisses » et les « colères » des jeunes, avant d’affirmer qu’aucune ne légitimait la violence. Il a reproché à des responsables politiques d’aller devant les lycées pour « exciter les élèves » et rappelé que les élus n’étaient pas là pour « agiter les peurs et faire commettre le pire ». Le président ne les a pas désignés nommément dans les propos rapportés par franceinfo. ()
La séquence intervient après une journée de mobilisation, le mardi 29 septembre, marquée aussi par des incidents. Selon le bilan du ministère de l’Intérieur rapporté par Reuters, 440 interpellations ont eu lieu ce jour-là en marge des rassemblements et blocages. Une interpellation n’établit ni une culpabilité, ni une appartenance politique ; ce chiffre ne permet donc pas, à lui seul, d’attribuer ces incidents à un parti. ()
Ce que la confrontation des déclarations permet de dire
Un propos mérite d’être examiné précisément. Devant le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, le maire insoumis Bally Bagayoko a déclaré, dans un échange filmé par BFMTV, que la violence « peut être légitime ». Il évoquait la réaction de jeunes confrontés, selon lui, à des tirs policiers. Dans le même échange, il a ajouté que « chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux » et mis les jeunes en garde contre les conséquences d’un dérapage. La première formule est bien la sienne ; la seconde fait aussi partie de son propos. Ni l’effacer, ni s’en servir pour conclure que tous les élus LFI appellent à la violence ne serait rigoureux. Les faits policiers qu’il invoque dans cet échange ne sont pas établis par la seule vidéo de sa déclaration. ()
Jean-Luc Mélenchon et Manuel Bompard ont, de leur côté, répondu à Macron que les insoumis défendaient des méthodes non violentes et que leurs élus soutenaient les revendications lycéennes. Ces prises de position sont à attribuer à leurs auteurs : elles ne font pas disparaître la formule de Bally Bagayoko, mais celle-ci ne prouve pas davantage que la violence constitue la ligne du mouvement lycéen. Le désaccord politique est réel ; le raccourci collectif, lui, reste à démontrer. ()
Qui porte les revendications ?
Le mouvement ne se réduit pas à un duel entre l’Élysée et LFI. Dans un communiqué daté du 29 septembre, l’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent elles-mêmes à poursuivre les blocages le 1er octobre. Elles réclament notamment de meilleures conditions d’étude et dénoncent des classes surchargées ainsi qu’un manque de personnels. Ce document établit l’existence d’un appel syndical et précise ses revendications ; il ne démontre ni que tous les lycéens les partagent, ni que tous les blocages se déroulent de la même façon. ()
Les syndicats enseignants SNES-FSU, SNUEP-FSU et SNEP-FSU ont, eux aussi, publié une position qui refuse la fausse alternative entre silence sur les violences et silence sur les demandes des élèves. Leur texte soutient ces revendications, condamne les violences contre les personnels et les élèves, et dénonce des interventions policières qu’ils jugent violentes. Ces griefs appellent chacun un examen des faits ; ils ne s’annulent pas mutuellement. ()
Le piège des chiffres voisins
Le 29 septembre était également une journée de mouvement social dans l’Éducation nationale. Le ministère a publié une participation estimée à 10,08 % dans les lycées d’enseignement général et technologique, sur un périmètre qui excluait à ce stade les académies de Toulouse et de Nice. Ce taux concerne le mouvement social mesuré par le ministère : ce n’est pas un taux de participation des lycéens aux blocages. Le citer comme me de leur mobilisation reviendrait à changer de population en cours de phrase. ()
De même, un établissement « concerné » par une action, un lycée entièrement bloqué, une tentative de blocage et une manifestation devant ses grilles ne désignent pas la même situation. Sans bilan détaillé reposant sur des catégories comparables, ces décomptes ne permettent ni de mer précisément l’adhésion des élèves, ni de déduire une responsabilité politique nationale.
Ce qu’il faut retenir
Macron répond à des violences et à des déclarations politiques identifiables ; la formule de Bally Bagayoko sur leur possible légitimité existe bien, avec une nuance qui doit être conservée. Mais les documents consultés montrent aussi des organisations lycéennes et étudiantes formulant leurs propres demandes. Soutenir un mouvement, tenir un propos contestable sur la violence et provoquer des actes violents sont trois faits distincts. Le débat public gagnerait à ne pas les fondre en une seule accusation — pas plus qu’à laisser la bataille entre partis remplacer l’examen des conditions d’étude et des incidents signalés. ()
Source principale : franceinfo- Politique (www.franceinfo.fr)
Article original : Consulter la source originale
Sources complémentaires
- Ministère de l’Éducation nationale, bilan du mouvement social du 29 septembre 2026 : Consulter le communiqué
- Union étudiante et Union syndicale lycéenne, appel publié le 29 septembre 2026 : Consulter l’appel
- BFMTV, échange filmé avec Bally Bagayoko : Voir la séquence
- SNES-FSU, SNUEP-FSU et SNEP-FSU, communiqué sur les mobilisations lycéennes : Consulter le communiqué
