Présidentielle : Attal défend une harmonisation fiscale, sociale et environnementale en Europe
À Reims, le 17 septembre 2026, Gabriel Attal a proposé de bâtir des « États-Unis d’Europe » autour d’un groupe de pays volontaires. Derrière la formule, son discours détaille un rapprochement des fiscalités, du droit du travail et des politiques écologiques, mais aussi un président élu à l’échelle européenne. La question décisive n’est pas seulement ce qu’il veut mettre en commun : c’est ce que les autres États accepteraient de partager, et selon quelles règles. (doc.parti.re)
Une proposition plus précise qu’un slogan
Gabriel Attal, candidat à la présidentielle, ne décrit pas la création d’un pays unique. Dans le texte de son discours publié par son équipe, il défend un « fédéralisme économique, technologique et écologique » entre États volontaires. Il propose notamment de faire converger les taux d’imposition, d’établir un droit du travail commun, de rapprocher les règles applicables aux entreprises et de créer des ressources communes ainsi qu’un Trésor capable d’émettre de la dette. La planification écologique et le financement de l’adaptation au changement climatique font également partie du projet. Ce sont des propositions de campagne, non des mes décidées. (doc.parti.re) Sa méthode comporte deux temps. Attal veut d’abord convaincre un noyau de partenaires européens de négocier un traité ; pendant ces discussions, il entend utiliser les « coopérations renforcées » déjà prévues par les traités de l’Union. Il cite plusieurs pays auxquels il souhaite tendre la main, tout en reconnaissant qu’ils ne sont pas nécessairement prêts à le suivre. Cette précision compte : une liste d’interlocuteurs possibles n’est pas une coalition constituée. (doc.parti.re)
Le premier obstacle : qui décide des impôts ?
Le Conseil de l’Union européenne rappelle que les règles fiscales européennes sont adoptées à l’unanimité par les États membres. Il précise aussi que l’Union harmonise déjà certains aspects des législations nationales, notamment en matière de TVA. La proposition d’Attal ne part donc pas d’une page blanche. Mais faire converger les taux de tous les impôts et taxes, comme il l’évoque, irait bien au-delà d’un simple réglage technique : il faudrait définir quels prélèvements sont concernés, à quel niveau les rapprocher et obtenir les accords nécessaires. Le discours fixe une direction, pas encore ces arbitrages. (doc.parti.re) La distinction est tout aussi importante sur le terrain social. L’Union coordonne les droits de sécurité sociale des personnes qui circulent entre pays, mais cette coordination ne remplace pas les systèmes nationaux par un régime unique. De même, l’idée d’un droit du travail commun soulève une question que le mot « simplification » ne tranche pas : quelles protections seraient retenues lorsque les règles nationales diffèrent ? Rapprocher des droits suppose de choisir leur contenu, pas seulement d’effacer des formulaires. (consilium.europa.eu)
Le « noyau dur » n’est pas un passe-partout
Attal présente les coopérations renforcées comme un moyen d’avancer sans attendre l’ensemble de l’Union. Le mécanisme existe, mais son mode d’emploi est plus étroit que la formule ne le laisse entendre : l’article 20 du traité sur l’Union européenne exige la participation d’au moins neuf États membres, dans des domaines où l’Union ne dispose pas d’une compétence exclusive. L’autorisation intervient en dernier ressort, lorsque les objectifs ne peuvent être atteints dans un délai raisonnable par l’Union entière. Un groupe volontaire peut donc agir dans ce cadre ; il ne peut pas, par sa seule volonté, s’affranchir des traités. (doc.parti.re) Le candidat propose aussi que le futur ensemble dispose d’un parlement formé de députés européens des pays participants et d’un président élu au suffrage universel pan-européen. Ce n’est pas le mode actuel de désignation de la présidence de la Commission européenne : son titulaire est proposé par le Conseil européen puis élu par le Parlement européen. La nouvelle architecture avancée à Reims réclamerait donc une définition juridique précise des pouvoirs, du corps électoral et des rapports avec les institutions existantes. Si elle impliquait une révision des traités de l’Union, celle-ci devrait être ratifiée par l’ensemble des États membres selon leurs procédures constitutionnelles. (doc.parti.re)
Une nouveauté politique, pas une idée née à Reims
En conclusion, Attal présente son projet comme un rêve qu’aucun responsable politique français n’aurait jamais osé proposer. Prise à la lettre, la formule résiste mal aux archives. Victor Hugo, qui fut député, évoquait déjà les « États-Unis d’Europe » en 1849 ; en 2002, le ministre Pierre Moscovici employait lui aussi cette expression pour parler de l’avenir de l’Union. Cela ne rend pas leurs projets identiques à celui exposé à Reims. Cela retire simplement au candidat le brevet d’invention de la formule. (doc.parti.re)
Ce que l’on peut retenir
Établi : le discours du 17 septembre propose une intégration économique et écologique approfondie entre pays volontaires, assortie de nouvelles institutions politiques. Analyse : la difficulté majeure se situe au passage du projet français à l’accord européen, particulièrement sur la fiscalité, les droits sociaux et la gouvernance. Incertain : les pays qui accepteraient effectivement d’y participer, les règles qu’ils retiendraient et le calendrier de leur adoption. Une ambition présidentielle peut ouvrir une négociation ; elle ne tient pas lieu d’accord entre États. (doc.parti.re)
Source principale : Libération (www.liberation.fr) Article original : Consulter la source originale Auteur : Victor Boiteau
Sources complémentaires
- Gabriel Attal, discours de Reims du 17 septembre 2026 : https://doc.parti.re/2026/Discours_Europe.pdf
- Conseil de l’Union européenne, fonctionnement de la politique fiscale : https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/eu-tax-policy/
- Conseil de l’Union européenne, coordination des systèmes de sécurité sociale : https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/rules-social-security-systems/
- EUR-Lex, article 20 du traité sur l’Union européenne : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A12016M020
- Assemblée nationale, textes de Victor Hugo sur l’Europe : https://www.assemblee-nationale.fr/13/evenements/textes_victor_hugo.asp
