Publié le 21 octobre 2026, un entretien de France Culture avec la sociologue Lucile Faivre-Pierret met en lumière un enjeu de santé publique : comment décrire et documenter les mauvaises expériences vécues lors de soins gynécologiques ou obstétricaux. Sa thèse, menée à l’Ined et à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est en cours. Elle vise notamment à élaborer une définition sociologique à partir des récits de patientes, et non à mesurer à elle seule la fréquence de ces expériences dans la population.

Des expériences diverses, un terme discuté

L’expression « violences gynécologiques et obstétricales » recouvre des situations variées : propos humiliants ou discriminatoires, défaut d’information, douleur insuffisamment prise en compte, gestes vécus comme brutaux ou actes réalisés sans que la personne ait été informée ou ait pu exprimer son accord. Les contextes concernés vont du suivi gynécologique à la grossesse, à l’accouchement ou à l’interruption de grossesse.
Le terme ne fait toutefois pas consensus dans les milieux professionnels et scientifiques. La fiche consacrée à Lucile Faivre-Pierret sur le site de l’Ined présente justement sa recherche comme un travail d’objectivation : examiner les expériences rapportées, les mots employés pour les désigner et les conditions dans lesquelles elles surviennent. La démarche annoncée associe une revue de la littérature à des entretiens avec des femmes déclarant avoir vécu de telles situations.
Ce que documentent les recherches
Des données existent déjà sur certains aspects précis, sans permettre de résumer toute la question. Une étude publiée en 2024 par Marianne Jacques et ses collègues s’est appuyée sur l’Enquête nationale périnatale de 2021, menée en France métropolitaine. À partir des réponses de femmes ayant accouché et d’informations issues de leurs dossiers médicaux, elle a étudié le consentement pour trois interventions : l’administration d’ocytocine pendant le travail, l’épisiotomie et la césarienne en urgence.
Parmi les femmes ayant répondu aux questions sur ces actes, 44,7 % ont déclaré ne pas avoir été consultées pour l’ocytocine, 60,2 % pour l’épisiotomie et 36,6 % pour la césarienne en urgence. Ces pourcentages ne décrivent ni toutes les consultations gynécologiques ni toutes les naissances : chaque chiffre concerne uniquement les personnes ayant reçu l’intervention considérée et ayant répondu au suivi réalisé deux mois après l’accouchement. Pour l’ocytocine, l’étude a aussi classé parmi les réponses négatives certaines femmes qui ignoraient avoir reçu le produit. Les résultats sont donc à lire comme des déclarations rapportées dans un cadre défini, et non comme un décompte exhaustif de violences établies.
Le Haut Conseil à l’Égalité avait déjà recommandé, dans un rapport publié en 2018, de mieux reconnaître et prévenir les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical, et d’améliorer l’information sur les droits et les voies de signalement.
Le consentement au cœur de la relation de soin
En France, l’article L. 1111-4 du Code de la santé publique prévoit qu’aucun acte médical ni traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne, qui peut le retirer à tout moment. Le texte prévoit des exceptions lorsqu’une personne ne peut exprimer sa volonté, notamment en cas d’urgence ou d’impossibilité. Dans les situations de soin, l’information et la recherche de l’accord doivent donc s’adapter au contexte, y compris lorsque le temps est contraint.
Documenter les expériences peut aider à distinguer les situations, à repérer les difficultés récurrentes et à améliorer les pratiques. Cela ne revient pas à considérer qu’un acte médical est injustifié dès lors qu’il est mal vécu, ni à attribuer automatiquement une intention malveillante à un professionnel. L’enjeu est aussi d’examiner comment l’information, l’écoute, le respect de la personne et l’organisation des soins influencent son expérience.
Des limites à garder en tête
Les témoignages éclairent ce que les statistiques mesurent parfois mal, mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à estimer la fréquence d’un phénomène dans toute la population. À l’inverse, une enquête chiffrée sur quelques interventions ne décrit pas toute la diversité des consultations gynécologiques ni le ressenti de chaque patiente. Les entretiens sociologiques approfondissent les récits et leur contexte ; ils n’ont pas pour objectif, à eux seuls, de produire une prévalence nationale.
La thèse de Lucile Faivre-Pierret s’inscrit dans ce travail de définition et de documentation. Ses résultats ne doivent pas être confondus avec ceux d’une enquête représentative déjà publiée : l’Ined la présente comme une recherche en cours. L’article apporte une information générale et ne constitue ni un diagnostic médical ni une prescription personnalisée.
Sources complémentaires : Ined, présentation de la recherche de Lucile Faivre-Pierret ; étude de Marianne Jacques et ses collègues, publiée en 2024 dans l’International Journal of Gynecology & Obstetrics ; Code de la santé publique, article L. 1111-4 ; Haut Conseil à l’Égalité, rapport de 2018.
Source : Santé
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