« Quand le RN prône la laïcité tout en sacrifiant la vérité sur l’autel de la superstition »
Le fait principal
Le débat sur le sacrifice dans les sociétés modernes, loin de s’éteindre, s’intensifie, révélant des tensions entre tradition et modernité, foi et rationalité. Ce débat, qui remonte à l’« Essai sur la nature et la fonction de sacrifice » de Hubert et Mauss, est relancé par des études récentes qui remettent en question l’importance du sacrifice dans notre compréhension des rituels sociaux.
Ce qui s’est passé
Dans un contexte où l’anthropologie se déplace vers une vision séculière, des ouvrages comme Greek and Roman Animal Sacrifice dirigé par Christopher A. Faraone et F. S. Naiden, soulignent que les grandes théories sur le sacrifice, telles que celles de Walter Burkert et Marcel Detienne, sont désormais considérées comme obsolètes. Ce changement de paradigme indique que le sacrifice, au lieu d’être une catégorie d’étude pertinente, est relégué à un passé révolu.
Le contexte
Ce rejet des théories traditionnelles du sacrifice s’inscrit dans un mouvement plus large où la société moderne semble se suffire à elle-même, à l’exception des croyances qui l’entourent. La montée de la rationalité scientifique et le désenchantement du monde, comme l’a décrit Max Weber, ont conduit à une vision où le sacré est confiné à l’académie, laissant place à une superstition plus insidieuse : celle de la société elle-même.
Les chiffres à retenir
Bien qu’il n’y ait pas de chiffres précis, des études montrent que l’intérêt pour les rituels sacrificiels a diminué dans les publications académiques, avec des références au sacrifice quasi absentes dans les travaux récents d’anthropologie ethnographique. Cela témoigne d’un changement de paradigme dans la recherche, où les rituels sont souvent considérés comme des vestiges d’un passé que nous avons dépassé.
Ce que cela révèle
Cette évolution soulève des questions sur la nature même de la société moderne. En rejetant le sacrifice comme une catégorie d’étude sérieuse, l’académie semble ignorer les leçons du passé. Les anthropologues qui se moquent de ces « grandes théories » mettent en œuvre leur propre théorie, celle d’une société qui se divinise elle-même, sans se rendre compte des dangers d’un tel culte de la personnalité collective. Ironiquement, alors que la société moderne se veut éclairée, elle semble souffrir d’une amnésie sélective face à ses propres rituels.
Ce qu’il faut retenir
Le débat sur le sacrifice, loin d’être clos, révèle une société en quête de sens, oscillant entre la rationalité et le besoin d’un sacré. Alors que les anciennes théories sont abandonnées, la question demeure : qu’est-ce que la société moderne choisit de vénérer ?
Source : Roberto Calasso, Le Grand Continent
