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Quand la viande devient une question de vocabulaire : la stratégie de l’évitement
Après deux ans d’attente, la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) est enfin dévoilée. Mais derrière les promesses d’une alimentation durable, se cache une volonté d’esquiver les véritables enjeux environnementaux.
Le 11 février dernier, les ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé ont présenté leur feuille de route pour 2030. Mais au lieu de s’attaquer à la consommation massive de viande, le document préconise une simple « limitation ». Une nuance qui, dans le contexte actuel, sonne comme une farce.
Ce qui se passe réellement
Le Snanc, fruit de la convention citoyenne sur le climat, aurait dû être un tournant. Au lieu de cela, il s’avère être une simple pirouette. Le terme « réduction », qui aurait pu évoquer un réel engagement, a été remplacé par « limitation », une expression qui permet d’éviter tout objectif chiffré. Comme l’a souligné Alexandre Cobigo, responsable à la Ligue contre le cancer, « comment mesurer l’effet de cette stratégie si on ne pose pas des objectifs chiffrés ? »
Pourquoi ça dérange
Le secteur agro-alimentaire, dominé par quelques acteurs puissants, se retrouve ainsi préservé. Les lobbies, toujours influents, ont réussi à imposer leur vision, laissant de côté les véritables enjeux environnementaux. La récente signature du traité UE-Mercosur fragilise encore davantage cette volonté de réduire notre empreinte carbone. La consommation de viande, qui représente près d’un quart de l’empreinte carbone des Français, reste un tabou.
Ce que ça révèle
Cette stratégie révèle une incohérence systémique : d’un côté, des discours politiques en faveur d’une alimentation durable, de l’autre, une incapacité à s’attaquer aux véritables causes de l’empreinte carbone. Comme l’a souligné Joan Cortinas Muñoz, sociologue à l’université de Bordeaux, « ce secteur est presque oligopolistique ». Ainsi, quatre centrales d’achat contrôlent 90 % de l’offre, et la négociation politique devient un exercice de contorsion face à des intérêts bien établis.
Lecture satirique
Imaginez un gouvernement qui, face à une crise climatique, décide de jouer sur les mots. Au lieu de dire « nous devons réduire notre consommation de viande », il opte pour « limitons-la ». Une belle manière d’éviter les frais d’une véritable réforme. C’est un peu comme dire à un obèse : « mangez moins de frites », sans jamais mentionner les salades. Ce n’est pas une stratégie, c’est un camouflage.
À quoi s’attendre
À l’avenir, attendez-vous à voir des discours vides de sens, des promesses sans objectifs, et une continuité des pratiques agro-industrielles. Pour vraiment changer les choses, il faudra plus qu’un document qui se contente de jouer sur la sémantique. Il faudra une véritable volonté politique, mais pour cela, il faudrait d’abord « comparer » les coûts des intérêts économiques et environnementaux. En attendant, pourquoi ne pas réserver un voyage loin de cette hypocrisie ambiante ?
Sources


