Une victoire nette, dans un périmètre précis
Raphaël Glucksmann a été désigné dès le premier tour. Selon les résultats annoncés par Patrick Mennucci, président de la commission d’organisation, et rapportés par LCP, il recueille 79 613 voix, soit 66,17 % des suffrages exprimés. Olivier Faure arrive deuxième avec 14,46 %, devant Ségolène Royal (7,62 %), Emmanuel Maurel (5,92 %) et Jérôme Guedj (5,83 %). Ces chiffres établissent une victoire dans la primaire, pas un rapport de forces parmi l’ensemble des électeurs français. ([lcp.fr](https://lcp.fr/actualites/primaire-socialiste-vainqueur-des-le-1er-tour-raphael-glucksmann-sera-le-candidat-de-la))
Le périmètre du vote compte autant que son résultat. Le dispositif « Choisir 2027 », approuvé par le PS et Place publique, était ouvert aux adhérents des formations participantes ainsi qu’aux sympathisants inscrits. Pour ces derniers, la participation coûtait 15 euros, ou 10 euros au tarif social prévu par les organisateurs. Ce corps électoral ne se confond donc ni avec toute la gauche ni avec celui de l’élection présidentielle. La France insoumise ne participait pas à cette désignation : Glucksmann a gagné le droit de représenter les formations engagées dans la primaire, non celui de parler au nom de tous les électeurs de gauche. ([parti-socialiste.fr](https://parti-socialiste.fr/actualites/choisir-2027-le-processus-de-designation-du-ou-de-la-candidat-e-socialiste-a-lelection-presidentielle-est-lance/))
Le calendrier demande aussi une précision. Le PS avait initialement prévu la fin du premier tour le samedi 10 octobre. Après des perturbations informatiques le vendredi 9, la commission d’organisation a prolongé le vote jusqu’au dimanche 11 octobre à 18 heures. Les organisateurs ont affirmé que les votes enregistrés n’avaient pas été altérés ; il s’agit de leur appréciation de l’incident. ([parti-socialiste.fr](https://parti-socialiste.fr/actualites/choisir-2027-le-processus-de-designation-du-ou-de-la-candidat-e-socialiste-a-lelection-presidentielle-est-lance/))
Le paradoxe stratégique : deux façons de lire le même résultat
Le désaccord avec LFI n’est pas une intention prêtée à Glucksmann : au soir de sa victoire, il a réaffirmé qu’il n’y aurait pas d’accord avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Il a également présenté sa candidature comme une rupture avec l’hégémonie de celui-ci sur la gauche. La ligne affichée est donc claire sur l’alliance ; elle ne dit pas, à elle seule, où iront les voix en 2027. ([publicsenat.fr](https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/primaire-de-la-gauche-raphael-glucksmann-plie-le-match-et-remporte-le-scrutin-des-le-premier-tour-avec-66))
C’est là que se situe l’argument de Libération. Si Glucksmann concentrait sa campagne sur une concurrence avec le centre et la droite d’Édouard Philippe, Mélenchon pourrait disposer d’un espace politique plus lisible parmi les électeurs de gauche qui ne se reconnaissent pas dans cette orientation. Mais le conditionnel fait tout le travail : la victoire de la primaire ne démontre ni qu’un tel déplacement aura lieu, ni que ces électeurs choisiraient Mélenchon. Un espace dans le débat n’est pas un transfert de bulletins.
La lecture inverse est tout aussi possible à ce stade. Une désignation dès le premier tour, assortie du soutien du PS et de Place publique, peut donner à Glucksmann les moyens de défendre sa propre offre à gauche face à LFI. Les 66,17 % disent que les participants à cette primaire l’ont nettement préféré à ses concurrents ; ils ne disent pas que la gauche non mélenchoniste s’effacera de la présidentielle. ([lcp.fr](https://lcp.fr/actualites/primaire-socialiste-vainqueur-des-le-1er-tour-raphael-glucksmann-sera-le-candidat-de-la))
Ce que l’on sait — et ce que l’on ne peut pas déduire
Le précédent de 2022 rappelle la différence d’échelle sans fournir de pronostic. Au premier tour de la présidentielle du 10 avril 2022, Jean-Luc Mélenchon avait obtenu 7 712 520 voix, soit 21,95 % des suffrages exprimés au niveau national, selon les résultats publiés par le ministère de l’Intérieur. Ce résultat renseigne sur un scrutin passé, tenu avec d’autres candidatures et un autre contexte ; il ne mesure ni sa réserve de voix pour 2027 ni l’effet de la victoire de Glucksmann. ([archives-resultats-elections.interieur.gouv.fr](https://www.archives-resultats-elections.interieur.gouv.fr/resultats/presidentielle-2022/FE.php?utm_source=openai))
La conclusion est donc plus étroite — et plus solide — que le titre paradoxal ne le suggère. Établi : Glucksmann a remporté la primaire et exclut un accord avec LFI. Analysé : cette séparation peut rendre plus visible la concurrence entre deux offres politiques à gauche, tout en posant à chacune la question de son élargissement. Incertain : la direction que prendra la campagne de Glucksmann et, surtout, le choix des électeurs qui n’ont pas participé à la primaire. Mélenchon a peut-être gagné un argument politique ; aucun dépouillement ne lui a encore attribué une voix supplémentaire.
Source principale : Libération (www.liberation.fr)
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Auteur : Lilian Alemagna
Sources complémentaires
- Parti socialiste, modalités de « Choisir 2027 » : consulter le document
- Parti socialiste, communiqué du 9 octobre 2026 sur la prolongation du vote : consulter le communiqué
- Ministère de l’Intérieur, résultats de la présidentielle de 2022 : consulter les résultats



