La télévision, première rencontre avec le théâtre
Avant d’assister à son premier spectacle à Paris, à 19 ans, Jean-Philippe Daguerre avait découvert le théâtre devant la télévision. Il évoque notamment l’émission Au théâtre ce soir et des représentations de la Royal Shakespeare Company diffusées en noir et blanc sur France 3.
Cette expérience nourrit aujourd’hui son regard sur les captations. Il indique que presque toutes ses pièces ont été diffusées, à l’exception de La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob, pour laquelle il dit ne pas avoir reçu de proposition télévisuelle. Il affirme recevoir des messages de téléspectateurs, parfois éloignés des salles depuis plusieurs décennies.
À la date de l’entretien, Daguerre attire le public avec plusieurs spectacles, dont Les Enfants du paradis au Ranelagh et la reprise de Du Charbon dans les veines au théâtre Saint-Georges. Des mises en scène de classiques, comme Cyrano, Le Cid, L’Avare, Scapin et Les Trois Mousquetaires, figurent également parmi ses productions.
Des images qui complètent l’expérience de la salle
Pour le metteur en scène, une captation ne remplace pas la représentation en public. La présence des spectateurs et le partage des émotions en direct donnent, selon lui, une intensité particulière au spectacle vivant. Mais l’écran permet à des personnes qui ne se rendent pas au théâtre de découvrir les pièces.
Il estime aussi que les prises de vue peuvent révéler des aspects nouveaux d’une mise en scène. Les gros plans rendent certaines émotions plus visibles, tandis que les mouvements de caméra proposent d’autres angles de lecture. Il cite Adieu Monsieur Haffmann, filmée au Châtelet pendant la période du Covid, alors que 80 personnes seulement étaient présentes dans une salle de 2 000 places. Il souligne le travail du réalisateur pour donner du mouvement à cette captation.
Le risque d’un théâtre pensé pour l’écran
Daguerre se dit favorable à la télévision, mais appelle à la vigilance. Il relie la réduction des budgets à une tendance vers les grandes comédies portées par des têtes d’affiche. Il craint que cette orientation ne conduise à programmer certaines pièces pour une durée limitée, dans le seul but de les vendre ensuite à la télévision, au détriment du processus de création.
Le calendrier de diffusion compte également, selon lui : une retransmission trop précoce pourrait inquiéter les programmateurs de tournée, qui redouteraient que le public renonce à venir en salle. À l’inverse, une captation peut aussi attirer de nouveaux spectateurs. Daguerre ne considère donc pas la télévision comme une ennemie du théâtre, mais comme un outil dont les effets dépendent de son usage.
Des captations utilisées dans les établissements scolaires
Le metteur en scène dit être particulièrement fier que des adaptations de Cyrano et des Trois Mousquetaires soient projetées dans des collèges et des lycées, parfois accompagnées de dossiers pédagogiques ou d’échanges en visioconférence. Il indique également que Adieu Monsieur Haffmann est étudiée à l’école, y compris dans le cadre du bac.
Pour Daguerre, ces diffusions peuvent contribuer à faire découvrir le théâtre aux jeunes. La télévision, qui lui a donné ses premières images de scène, lui apparaît ainsi comme un moyen de transmettre les œuvres au-delà des salles.
Source : Toute l'actualité du Journal du dimanche (www.lejdd.fr)
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Auteur : leJDD



