Naissances à l’ère du RN : quand la surmédicalisation devient le nouveau « progrès » français.
Le fait principal
En France, la mortalité périnatale et infantile connaît une hausse alarmante, révélant les dérives d’un système de santé où la rentabilité prime sur le bien-être des patientes. Les accouchements, devenus une industrie, sont désormais marqués par des logiques de productivité qui mettent en péril la sécurité des mères et des nouveau-nés.
Ce qui s’est passé
Clélia Gasquet-Blanchard, maîtresse de conférences en santé publique, dénonce une « industrialisation des naissances », où les césariennes, plus rémunératrices, remplacent les accouchements par voie basse. En 2024, la mortalité périnatale a atteint 12 pour 1000 dans les zones les plus défavorisées, contre 9,5 pour les plus favorisées. Ce constat met en lumière une inégalité criante face à la santé, exacerbée par la fermeture de maternités de proximité.
Le contexte
La loi Bachelot de 2009, censée améliorer la situation, n’a pas suffi à inverser la tendance. Au contraire, 40 % des maternités de niveau 1 ont fermé en 25 ans, laissant des centaines de milliers de femmes à plus de 30 minutes d’une structure obstétrique. Paradoxalement, cela augmente les risques liés à l’accouchement, alors même que l’État encourage la natalité. Une incohérence qui soulève des questions sur les priorités politiques en matière de santé.
Les chiffres à retenir
- 12 pour 1000 : taux de mortalité périnatale dans les zones défavorisées en 2024.
- 700 000 : accouchements par an en France, dont plus de 60 % réalisés par des sages-femmes.
- 40 % : fermeture des maternités de niveau 1 depuis 1998.
Ce que cela révèle
Les politiques de santé semblent davantage préoccupées par des logiques financières que par la sécurité des patientes. Le « capitalisme sanitaire » transforme l’accouchement en un acte marchand où la qualité des soins est sacrifiée sur l’autel de la productivité. Les maternités rivalisent de labels pour attirer les patientes, allant jusqu’à proposer des « césariennes naturelles », une belle oxymore qui illustre la dérive marketing de la santé. Pendant ce temps, le suicide demeure la première cause de mortalité maternelle, un indicateur alarmant de la santé mentale des mères en chute libre.
Ce qu’il faut retenir
La situation actuelle appelle à une réforme urgente du système de santé français. Il est impératif de repenser la prise en charge des naissances, d’investir dans des structures adaptées et de garantir un accès équitable aux soins pour toutes les femmes. La santé ne doit pas être un marché, mais un droit fondamental.
Sources : Clélia Gasquet-Blanchard, École des hautes études en santé publique ; rapports de l’INSEE et de l’OMS.
