Lutte antiterroriste : les psychiatres dénoncent

Lutte antiterroriste : les psychiatres dénoncent l’amalgame entre radicalisation et troubles psychiatriques

L’Assemblée nationale a adopté, le 15 avril, en première lecture, une proposition de loi controversée visant à prévenir les risques d’attentats. Ce texte, censé combler les « angles morts » du droit, suscite des inquiétudes parmi les experts en santé mentale, qui soulignent une confusion entre radicalisation et troubles psychiques. Dans un communiqué, ils affirment que « la radicalisation n’est pas un trouble psychiatrique » et expriment leur ferme opposition à cette initiative, la qualifiant de « malmène » pour les suspects, les patients hospitalisés en psychiatrie et les professionnels de la santé mentale.

Le député Renaissance Charles Rodwell, à l’origine de cette proposition, a expliqué que son objectif est d’adapter le droit aux nouveaux profils terroristes, qui présentent de plus en plus souvent une radicalisation en ligne couplée à des troubles psychiatriques. Parmi les mesures adoptées, la création d’une « injonction d’examen psychiatrique » a été validée, permettant au préfet de contraindre certaines personnes à se soumettre à un examen psychiatrique pour prévenir des actes terroristes. Les individus concernés devront avoir manifesté des comportements liés à des théories incitant à des actes de terrorisme.

Un collectif de vingt-neuf organisations de professionnels de la santé mentale a dénoncé cette loi, affirmant qu’elle favorise des amalgames dangereux. Ils mettent en avant la rareté de la dangerosité psychiatrique et insistent sur le fait que la psychiatrie ne doit pas être impliquée dans la prévention des actes criminels. De plus, ils alertent sur le risque de stigmatisation des patients déjà vulnérables, qui pourraient être confrontés à des individus potentiellement radicalisés au sein des établissements psychiatriques.

Les psychiatres soulignent également que le concept de dangerosité est flou, tant sur le plan juridique que pratique. Ils rappellent que la psychiatrie joue déjà un rôle crucial en matière de soins et de réhabilitation, sans avoir les moyens d’identifier un risque terroriste à travers un simple examen clinique. La proposition de loi pourrait également imposer une responsabilité inappropriée aux psychiatres, qui ne sont pas formés pour évaluer la dangerosité criminologique.

La poursuite de l’examen et un vote solennel sur cette proposition de loi sont prévus le 5 mai 2026.

Source : Assemblée nationale.

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