Un objectif de réduction écarté
Depuis 2009, les règles européennes encouragent une utilisation des produits phytosanitaires en dernier recours. Mais la Cour des comptes européenne avait relevé, en 2020, que les mesures en place ne suffisaient pas à atteindre les objectifs de réduction. La Commission avait ensuite proposé de diviser par deux l’usage des pesticides d’ici à 2030, en prenant comme référence la moyenne de 2015 à 2017. ([voxeurop.eu](https://voxeurop.eu/fr/pesticides-risques-sante-ue-dependance/?utm_source=openai))
Le Parlement européen a rejeté le texte le 22 novembre 2023 : 299 députés ont voté contre, 207 pour et 121 se sont abstenus. La proposition n’a donc pas instauré d’obligation européenne de réduction de 50 %. Des élus écologistes et de gauche jugeaient le texte trop affaibli, notamment sur la protection de la santé et de la biodiversité. ([europarl.europa.eu](https://www.europarl.europa.eu/news/fr/press-room/20231117IPR12215/pas-de-majorite-pour-le-texte-visant-a-freiner-l-utilisation-des-pesticides?utm_source=openai))
Le débat a depuis changé de priorité. En décembre 2025, la Commission a proposé de simplifier les règles relatives à la sécurité alimentaire et aux produits phytosanitaires. Son projet prévoit que l’autorisation de nombreuses substances actives ne soit plus limitée dans le temps, avec des exceptions notamment pour certaines substances préoccupantes. Le Conseil de l’UE a adopté sa position de négociation sur ce volet le 30 septembre 2026 ; le texte doit encore suivre la procédure législative européenne et n’est pas en vigueur. ([eur-lex.europa.eu](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?qid=1766456902228&uri=COM%3A2025%3A1030%3AFIN&utm_source=openai))
Des ventes en hausse, mais des situations contrastées
Les ventes constituent un indicateur imparfait : elles ne disent pas précisément quelles quantités sont utilisées, ni à quelle fréquence ou avec quelle toxicité. Eurostat estime qu’en 2024, environ 316 000 tonnes de pesticides ont été vendues dans l’UE, soit 8 % de plus qu’en 2023. Ce rebond intervient après deux années de baisse ; le total reste le deuxième plus faible depuis le début de la série statistique, en 2011. ([ec.europa.eu](https://ec.europa.eu/eurostat/en/web/products-eurostat-news/w/ddn-20260513-3?utm_source=openai))
Les tendances varient fortement selon les pays. D’après les données présentées par Voxeurop, les ventes de 2024 dépassaient d’environ un quart leur moyenne de 2015-2017 en Bulgarie et en Autriche. À l’inverse, elles avaient reculé dans 20 États membres ; l’Italie affichait la plus forte baisse, à 33 %. Les cinq principaux pays acheteurs — Espagne, France, Italie, Allemagne et Pologne — représentaient ensemble 76 % des ventes européennes cette année-là. ([voxeurop.eu](https://voxeurop.eu/fr/pesticides-risques-sante-ue-dependance/?utm_source=openai))
Un autre indicateur mérite attention : les ventes des pesticides classés comme hautement dangereux ont progressé de 27 % en 2024 par rapport à l’année précédente. Le glyphosate, dont l’utilisation est controversée, a vu ses ventes augmenter de plus de 44 % entre 2015 et 2024, selon les données reprises par Voxeurop. Ces chiffres décrivent des volumes commercialisés ; à eux seuls, ils ne mesurent pas l’exposition des populations ni les effets sanitaires. ([voxeurop.eu](https://voxeurop.eu/fr/pesticides-risques-sante-ue-dependance/?utm_source=openai))
Des résidus dans les rivières
Les risques ne se résument pas aux volumes vendus. Leurs effets dépendent aussi de la toxicité des substances et de leurs conditions d’application. Le dossier de Voxeurop rapporte que les résidus mesurés dans les rivières dépassaient les seuils de sécurité dans 19 des 27 États membres en 2023. Seules la Lituanie et la Slovénie déclaraient rester dans les limites recommandées ; au Danemark, en Lettonie et en Hongrie, les concentrations dépassaient les seuils de 50 % ou plus. ([voxeurop.eu](https://voxeurop.eu/fr/pesticides-risques-sante-ue-dependance/?utm_source=openai))
Ces constats alimentent les critiques de l’assouplissement réglementaire. Manon Rouby, du Pesticide Action Network, estime qu’une autorisation prolongée pourrait affaiblir la prise en compte des effets des pesticides sur la santé humaine. La Commission défend, elle, une simplification destinée à réduire les charges administratives et à faciliter l’accès à des produits à faible risque. L’enjeu des prochaines négociations sera de déterminer comment ces objectifs s’articuleront avec le maintien des évaluations et des protections sanitaires et environnementales.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Ana Muñoz Padrós




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