
Liberté pour Saâdia Mosbah : Un procès en Tunisie
Ce 19 mars, un procès s’ouvre à Tunis concernant Saâdia Mosbah et huit coaccusés. En détention depuis le 6 mai 2024, Saâdia Mosbah était présidente de l’association M’nemty (« Mon rêve »), fondée en 2013 dans le contexte d’ouverture politique suscité par le « Printemps arabe ».
Après la chute de la dictature de Ben Ali, les Tunisiens aspiraient à la démocratie et à l’égalité. Saâdia Mosbah a été une figure clé de cette période, militante antiraciste ayant lutté contre la discrimination raciale, notamment en créant une association pour s’attaquer au racisme anti-Noir en Tunisie. Grâce à son engagement, la Tunisie a adopté, le 23 octobre 2018, une loi organique relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, une première dans le monde arabe.
En août 2023, elle a reçu le prix Global-Anti-Racism Champions Award du gouvernement des États-Unis. Cependant, cette même année a vu une montée des discours racistes en Tunisie, notamment à l’égard des migrants subsahariens, ce qui a conduit à des violences et à la stigmatisation des défenseurs des droits humains.
Saâdia Mosbah a été arrêtée dans ce climat de tension, accusée de délits financiers non étayés. Ses proches et soutiens expriment des inquiétudes quant à sa situation juridique et humanitaire, alors qu’elle est détenue depuis près de vingt-deux mois, bien au-delà de la période de détention provisoire de quatorze mois prévue par la législation tunisienne.
Agée de 67 ans, Saâdia Mosbah a subi des conditions de détention dégradantes et des traitements discriminatoires. Son procès, reporté à deux reprises, doit se tenir aujourd’hui. Les observateurs appellent à une justice indépendante et à la libération de Saâdia Mosbah, soulignant que personne ne devrait être puni pour son engagement en faveur des droits des populations noires.
Les ambassades des pays soucieux des droits humains sont invitées à assister à l’audience, un appel particulièrement pertinent dans le contexte du pacte migratoire de l’Union européenne de juillet 2023, qui vise à limiter l’immigration subsaharienne.
Source : Nouvel Obs



