
Les théories du complot autour d’Artemis II inondent les réseaux avec des vidéos IA bourrées de défauts
Les récentes missions lunaires, notamment Artemis II, ont suscité une vague de théories du complot sur les réseaux sociaux. Dès le retour de la mission, des vidéos générées par IA ont circulé, prétendant prouver une mise en scène orchestrée par la NASA. Sur des plateformes comme X, TikTok et Facebook, des hashtags tels que « fake space » et « fake NASA » ont rapidement accumulé des millions de vues.
Une dépêche de l’AFP a révélé qu’une image truquée montrant l’équipage devant un fond vert circulait largement. Cette image, censée démontrer que le survol lunaire avait été filmé dans un studio, affichait des défauts évidents, trahissant une fabrication par IA. Des vidéos présentant des membres manquants et des anomalies dans le nombre de doigts sur certaines mains ont également été mises en avant. France 24 a par ailleurs démontré qu’une autre séquence virale résultait d’une erreur graphique, où une chaîne de télévision avait mal superposé du texte sur le flux officiel de la NASA. Ces failles grossières auraient dû dissuader tout observateur attentif.
Le « liar’s dividend » explique pourquoi ces théories du complot fonctionnent
Malgré ces évidences, ces contenus ont convaincu des millions d’internautes. L’expert en désinformation Tal Hagin a analysé une vidéo falsifiée montrant l’intérieur du vaisseau Orion. Il a conclu qu’il s’agissait d’un assemblage IA, combinant une capture de l’équipage avec une vue de la Terre depuis un hublot.
Ce phénomène est désigné par les chercheurs sous le terme de « liar’s dividend » (dividende du menteur). Ce concept illustre la capacité à semer le doute sur des contenus authentiques grâce à la simple existence de faux convaincants. Selon Hany Farid, professeur à Berkeley et cofondateur de GetReal, falsifier une vidéo nécessitait autrefois des compétences rares. Aujourd’hui, un simple clavier et une connexion Wi-Fi suffisent.
Une crise de confiance bien plus profonde révélée
Les théories du complot entourant Artemis II ne sont pas apparues dans le vide. Comme l’indique le chercheur en désinformation Mike Rothschild, les grandes réalisations scientifiques constituent un terrain fertile pour les complotistes. Cinquante-quatre ans après Apollo 11, le long délai entre les missions lunaires nourrit naturellement les doutes.
Une enquête de l’Université du New Hampshire révèle qu’environ 10 % des Américains remettent en question les alunissages. Bien que ce chiffre reste minoritaire, l’acceptation des théories complotistes est sensiblement plus élevée chez les millennials.
Au-delà d’Artemis II, c’est la notion même de preuve visuelle qui vacille. Timothy Caulfield, expert en désinformation à l’Université d’Alberta, souligne que ces théories persistent car elles offrent l’attrait d’un savoir secret. Par conséquent, chaque grande mission spatiale devra anticiper les coûts liés à la désinformation et se préparer à affronter sa propre vague de faux contenus générés par IA.
Pour ceux qui souhaitent mieux comprendre le phénomène, il est essentiel de comparer les sources d’information et de réserver des moments pour s’informer auprès d’experts. Cela permet non seulement d’éviter les frais d’une désinformation coûteuse, mais aussi de renforcer la confiance dans les avancées scientifiques.




