Chaque fois que vous roulez, vous perdez de l’argent

La flambée des prix du pétrole fragilise le secteur du bâtiment et des travaux publics, un domaine fortement dépendant du pétrole. Depuis le début du conflit en Iran, le 28 février, « 92 % des entreprises ont été impactées », selon la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment. Beaucoup de ces entreprises travaillent désormais à perte.

Philippe Lamy, gérant d’une entreprise de transport de travaux publics dans l’Indre, souligne : « Chaque fois que vous roulez, vous perdez de l’argent. » Lorsqu’il fait le plein d’un camion, qui consomme près de 300 litres, il sait déjà que l’opération sera déficitaire. « Par camion, dès qu’on le met en route le matin, on perd 100 € par jour. » À la tête d’une flotte de 30 camions et de 25 salariés, il est contraint de puiser dans la trésorerie de son entreprise pour continuer à fonctionner, malgré des coûts devenus insoutenables. En mars, la facture s’élève à 60 000 litres de carburant consommés, entraînant un surcoût de 35 000 euros.

Une enquête menée par la CAPEB (Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment) révèle que « 92 % des entreprises ont été impactées par la hausse du pétrole depuis le début du conflit en Iran ». L’augmentation des prix du carburant est liée aux tensions dans le détroit d’Ormuz, qui voit transiter environ 20 % du pétrole brut mondial. Le syndicat alerte également que « 50 % des entreprises perçoivent déjà un impact sur leur activité ».

Face à cette situation, l’inquiétude monte. Philippe Lamy avertit : « Si ça continue, dans deux mois, on met la clé sous la porte. » Les marges dans le transport sont déjà extrêmement faibles, oscillant entre 1,5 % et 2 %. Le secteur du BTP est particulièrement vulnérable, car le pétrole alimente non seulement les engins et véhicules, mais intervient aussi dans la production des matériaux. Christian Bodin, président de la Fédération régionale des travaux publics Centre-Val de Loire, précise que « deux tiers des coûts de production sont liés au matériel et aux matériaux, impactés par les hausses de prix ».

Dans un communiqué du 14 avril, la Fédération régionale des travaux publics dénonce une hausse « brutale et continue » des coûts (matières premières, carburants, transport) et l’absence de dispositifs d’aide adaptés, alertant sur un risque réel pour l’équilibre économique des entreprises. Les professionnels demandent plus de flexibilité de la part de leurs partenaires, notamment en matière de délais et de pénalités de retard.

Les tensions logistiques et sécuritaires s’ajoutent aux difficultés économiques, avec une recrudescence des vols de carburant. Christian Bodin constate : « Quand ça coûte cher pour nous, ça coûte cher aussi pour d’autres personnes qui se servent directement dans nos entreprises. »

Les pratiques sur les chantiers évoluent, avec des commandes effectuées plusieurs jours à l’avance et une limitation du carburant dans les réservoirs pour éviter les vols. Les forces de l’ordre intensifient également les contrôles pour prévenir ces vols, devenus plus fréquents avec la flambée des prix.

Source : France 3 Régions

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