Le coût caché des énergies renouvelables selon Thierry Vincent de Devinci Executive Education
Le Coût Caché des Énergies Renouvelables : Un Rapport de la Cour des Comptes Interroge
Le rapport de la Cour des comptes soulève une question cruciale : le soutien public aux énergies renouvelables est-il devenu trop onéreux pour les finances publiques ? Ce rapport laisse également ouverte une autre interrogation importante : qui bénéficie réellement de la rentabilité générée par ces dispositifs de soutien ?
Pour évaluer la rentabilité des projets, la Cour se concentre principalement sur le taux de rentabilité interne (TRI) du projet avant impôt. Cet indicateur évalue la performance économique intrinsèque d’un investissement, indépendamment de son mode de financement. Bien qu’il soit utile pour comparer différents projets, il est moins pertinent pour apprécier la rémunération effective des investisseurs.
Cette distinction est essentielle. Un projet financé en grande partie par de l’endettement, qui est moins coûteux que l’investissement, peut afficher un TRI modéré tout en offrant une rentabilité élevée aux actionnaires grâce à l’effet de levier financier. En revanche, un exploitant agricole qui investit ses fonds propres dans une installation agrivoltaïque pour sécuriser son exploitation n’évalue pas son investissement de la même manière qu’un fonds d’investissement cherchant à revendre rapidement.
Le rapport ne se concentre jamais sur la rentabilité des capitaux propres (ROE), ce qui empêche de déterminer si les mécanismes publics ont surtout profité aux consommateurs en favorisant la baisse des coûts des technologies ou s’ils ont, dans certains cas, assuré une rentabilité excessive pour les investisseurs.
Les chiffres avancés par la Cour soulignent cette limite. Près de 75 % des projets de biométhane affichent un TRI avant impôt supérieur à 10 %, seuil considéré par les pouvoirs publics comme référence de rentabilité, tandis qu’un quart des projets dépasse 18,28 %. Ces résultats incitent la Cour à évoquer des cas de « rentabilité excessive ». Cependant, un TRI ne renseigne pas sur la rémunération réelle des actionnaires. En fonction du niveau d’endettement, un projet avec un TRI de 6 à 8 % peut générer une rentabilité des fonds propres de 16 à 20 %, soit plus de treize fois le rendement du Livret A prévu pour 2026.
Le rapport traite également les producteurs comme un ensemble homogène, alors que leurs stratégies d’investissement varient considérablement. D’un côté, il y a les investisseurs patrimoniaux, comme les agriculteurs, qui visent à conserver et à exploiter durablement leurs installations. De l’autre, se trouvent des développeurs financiers qui construisent des actifs dans une logique de valorisation et de cession. Cette différence influence profondément les effets économiques des politiques publiques.
L’évolution de la filière biométhane illustre cette dynamique. Initialement, elle était conçue comme un complément de revenu agricole basé sur la méthanisation à la ferme, mais elle s’est ouverte à des projets de grande taille, souvent soutenus par des investisseurs financiers, ce qui a entraîné des pressions sur le foncier et des déséquilibres agronomiques.
En l’absence d’une distinction claire entre ces catégories d’investisseurs, le débat public se réduit souvent à une opposition simpliste. D’une part, certains dénoncent un système ruineux pour les finances publiques. D’autre part, d’autres soulignent que des analyses internationales, comme celles de Lazard, classent désormais le solaire et l’éolien parmi les technologies les plus compétitives.
Ces deux constats, loin d’être contradictoires, révèlent que si les coûts des technologies ont baissé, les dispositifs de soutien continuent parfois à garantir des niveaux élevés de rentabilité. Cela signifie que les finances publiques peuvent supporter une charge significative tout en finançant des filières devenues compétitives. Le défi réside dans la capacité des aides à s’adapter rapidement à la baisse des coûts et à éviter des situations de sur-rémunération.
En analysant principalement le coût budgétaire des dispositifs, le rapport questionne peu la manière dont ces mécanismes ont favorisé une financiarisation croissante des filières. Cela soulève une question de politique économique : souhaite-t-on prioriser les aides vers des investisseurs patrimoniaux ancrés dans les territoires ou vers des modèles orientés par les marchés financiers ?
L’introduction d’un indicateur de rentabilité des capitaux propres dans l’évaluation des projets, voire d’un plafond de rentabilité dans les critères de sélection des appels d’offres, pourrait offrir à la puissance publique un levier plus pertinent pour arbitrer entre ces modèles.
La transition énergétique ne se limite pas à un affrontement entre partisans et opposants. Elle met en concurrence deux modèles de développement : celui ancré dans le territoire, favorisant la création de valeur locale, et celui basé sur la financiarisation des actifs.
Le débat sur le coût des énergies renouvelables doit donc se recentrer sur une question fondamentale : quel modèle économique voulons-nous financer avec l’argent public ?
Source : Thierry Vincent, Devinci Executive Education
