Les récentes évolutions politiques autour du Sahara occidental laissent présager un nouveau tournant dans la dynamique régionale. Le conflit, qui perdure depuis plus de cinquante ans, semble désormais menacé par une volonté de reléguer au second plan le droit à l’autodétermination des Sahraouis au profit d’une autonomie sous la souveraineté marocaine, validée par des puissances occidentales.

La reconnaissance controversée de la souveraineté marocaine

Le 10 décembre 2020, l’ancien président américain Donald Trump a renforcé la position du Maroc sur le Sahara occidental en reconnaissant sa souveraineté sur le territoire, en échange de la normalisation des relations entre Rabat et Israël. Cet acte diplomatique a scellé des décennies de conflit en sacrifiant des milliers de réfugiés et un processus de décolonisation inachevé.
Dans la continuité de cette démarche, le président français Emmanuel Macron a, en juillet 2024, soutenu cette initiative et le Conseil de sécurité des Nations unies a, à son tour, apporté une légitimité à ce plan d’autonomie marocain en octobre 2025 avec l’adoption de la résolution 2797.
Nouvelles manœuvres américaines
Actuellement, un projet de résolution américaine vise à supprimer la mention du « référendum » dans le nom de la mission de l’ONU au Sahara occidental (Minurso). Cette action, qui questionne l’avenir de l’opération de maintien de la paix devant se terminer en avril 2027, renforce l’impression d’un verrouillage de la situation, empêchant l’expression démocratique des Sahraouis.
Ce texte, bien qu’encore en discussion, indique une volonté d’effacer toute référence à un droit de décision pour le peuple sahraoui. Ce dernier se voir maintenant contraint de négocier des termes d’autonomie, mais sans réel pouvoir décisionnel sur son sort.
Un rapport de force en mutation
Malgré les avancées diplomatiques, le contexte juridique sur le droit à l’autodétermination reste inchangé. Ce qui a véritablement évolué, c’est le rapport de force. La diplomatie, loin d’échouer par manque de volonté de négociation, a été progressivement dépossédée de sa substance par des acteurs se présentant comme garants d’une solution pacifique au conflit.
Le cessez-le-feu de 1991, sensé ouvrir la voie à un référendum, a en réalité permis au Maroc de renforcer son emprise sur le territoire. La reprise des hostilités par le Front Polisario en novembre 2020 a révélé l’échec de l’attente diplomatique et a reporté l’éventuelle résolution du conflit sur une dynamique militaire.
Peu à peu, il devient évident que seul un rapport de force peut conduire à une véritable prise en compte des droits des Sahraouis, tant que la communauté internationale reste silencieuse devant les faits accomplis.
Le nouvel ordre stratégique en Afrique du Nord
La situation au Sahara occidental n’est pas uniquement l’affaire de la région, mais s’inscrit dans un cadre géopolitique plus vaste. La collaboration entre le Maroc, Israël et les États-Unis, soutenue par la France, redéfinit les équilibres régionaux. Cette dynamique souhaite forcer l’Algérie à accepter ce nouvel ordre, bien qu’elle détienne des atouts stratégiques indéniables.
En matière de politique étrangère, l’Algérie ne peut plus se contenter de dénoncer les actions biaisées des autres. Pour défendre ses intérêts, elle doit renforcer ses alliances, mobiliser ses ressources militaires, et affirmer son soutien au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Ignorer la dimension militaire de ce conflit risque de laisser à ses adversaires le libre choix de la trajectoire de la région.
Vers un avenir incertain
La tentative de faire disparaître le référendum et de modifier le rôle de la Minurso n’apporte pas de solution durable. La paix ne peut se bâtir sur la dépossession d’un peuple et aucun équilibre ne pourra se créer sans que l’Algérie ne soit partie prenante des décisions concernant son voisinage.
Et tant qu’un régime de souveraineté contestée perdurera, la situation demeurera volatile. Le Sahara occidental est devenu un enjeu qui dépasse le cadre local : il s’agit d’un théâtre où se joue la redéfinition des intérêts stratégiques des grandes puissances.
Source : Courrier international – Actualités France et Monde, vidéos, infographies (www.courrierinternational.com)
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