Alors que les rites funéraires évoluent à travers le monde, la France commence à explorer des alternatives écologiques en matière de gestion des corps après la mort. La terramation, un concept encore méconnu dans l’Hexagone, pourrait bien se dessiner comme une solution répondant aux enjeux environnementaux et à la saturation des cimetières urbains.

Ce que montrent les données

La terramation, définie comme une forme d’inhumation qui favorise la décomposition naturelle du corps en le plaçant dans la terre entouré de matériaux organiques, a récemment fait l’objet d’une étude menée par une équipe de scientifiques du CNRS, dirigée par l’entomologiste Damien Charabidzé. Dans cette expérience réalisée en 2025 aux Ulis, des corps de brebis ont été enterrés dans différents types de conditions pour observer les différences de décomposition. Les résultats ont été révélateurs : les corps recouverts de broyat végétal ont entièrement été intégrés au sol, devenant de l’humus, tandis que ceux enterrés à nu sont restés presque intacts, se transformant en une sorte de « cire » qui empêche leur décomposition.
Comment comprendre le phénomène
Cette problématique s’inscrit dans un constat plus large : la pratique traditionnelle de l’inhumation ralentit souvent la décomposition.
Les cercles funéraires rapportent des cas où les corps des défunts, en raison de divers facteurs comme la préservation chimique dans les soins de thanatopraxie ou la qualité du sol, ne se décomposent pas comme prévu. Ce phénomène de « saponification », observé tant chez les animaux que chez les humains, constitue un problème croissant pour la gestion des cimetières. La saturation de ces lieux, particulièrement dans les grandes métropoles, est exacerbée par l’incapacité de certains corps à se décomposer, rendant leur réinhumation inévitable.
Qui est concerné
Tout le monde est touché par cette question des pratiques funéraires, mais certaines populations sont plus particulièrement concernées par la recherche de solutions alternatives :
Les citadins, confrontés à la rareté et au coût des espaces de sépulture ; les écologistes cherchant à minimiser l’impact environnemental des rites funéraires traditionnels ; et les familles de défunts désireuses de revenir à des méthodes plus naturelles. La prise de conscience autour de l’environnement et de la durabilité impacte également la façon dont nous choisissons d’honorer nos morts, et la terramation pourrait représenter une réponse à ces aspirations.
Les limites et les incertitudes
Cependant, la terramation n’est pas encore légalisée en France. Actuellement, seuls quelques États américains et le land de Schleswig-Holstein en Allemagne permettent cette pratique. En France, des initiatives privées existent, mais elles manquent de cadre réglementaire et de reconnaissance scientifique. Le débat entourant le sujet nécessite de lever les tabous associés à la mort et à la décomposition, un défi culturel et sociétal de taille. De plus, la recherche sur les processus de décomposition reste limitée et nécessite une exploration plus approfondie pour garantir des procédures sécurisées et respectueuses tant pour l’environnement que pour la mémoire des défunts.
Source : CNRS le Journal thématique : Sociétés
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