À l’aube de la mission historique Apollo 11, la NASA a mis en place des mesures spéciales pour s’assurer que ses astronautes évitent d’utiliser un langage inapproprié, notamment en raison de la couverture télévisée mondiale qui visait des centaines de millions de téléspectateurs. Une préoccupation légitime, compte tenu des précédents de la mission Apollo 10, au cours de laquelle le langage des astronautes avait provoqué des réactions négatives.

Un précédent embarrassant

Lors de la mission Apollo 10 en mai 1969, les astronautes ont exprimé divers jurons lors de leurs échanges, notamment des phrases comme « Putain de merde, j’aime pas rester en orbite lunaire comme ça », prononcée par Gene Cernan. Bien que cette mission soit restée en orbite et ne se soit pas posée sur la Lune, elle a été largement suivie en direct, créant des attentes élevées sur le professionnalisme des astronautes.
Les échanges de l’équipage, qui incluaient des termes comme « son of a bitch », « damn » et « hell », ont été largement documentés dans les transcriptions de mission. Ces explications peu conventionnelles ont contribué à créer une image moins lisse des astronautes, souvent perçus comme des modèles de calme et de respect.
La NASA réagit
La réaction à cette question de langage n’a pas tardé. À la suite des prestations de Apollo 10, la NASA a exigé que les membres de l’équipage d’Apollo 11, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins, s’engagent à éviter tout langage inapproprié. La mission était attendue au tournant, avec plus de 600 millions de téléspectateurs qui devaient observer les premiers pas sur la Lune, un événement potentiellement historique.
Les astronautes savaient qu’ils étaient sous les regards du monde entier et, en conséquence, ils ont suivi des sessions d’entraînement pour gérer leur langage durant les phases critiques de la mission. Le stress inhérent à de telles entreprises époustouflantes était bien compris, mais la NASA souhaitait s’assurer que leurs communications restent dignes et professionnelles.
Une mission sans gros mots
Les efforts de la NASA ont porté leurs fruits, car les échanges pendant Apollo 11 ont été sensiblement plus polis que ceux de sa mission précédente. De la transcription de cette mission, il ressort que moins de quinze jurons ont été utilisés, nettement en deçà des plus de 200 entendus durant Apollo 10. Les seules expressions notées concernaient des phrases amicales comme « damn good » et des commentaires plus légers. Neil Armstrong a particulièrement fait preuve de retenue, n’utilisant aucun juron, tandis que Buzz Aldrin n’en a échangé qu’un.
Des retombées culturelles
Le contraste entre Apollo 10 et Apollo 11 souligne une évolution dans la gestion de l’image des astronautes, reflétant les attentes sociétales à l’égard d’un public qui regardait avec admiration. Des personnes influentes, comme le président du Miami Bible College, Larry Poland, avaient exprimé leur mécontentement face au langage utilisé lors de la mission précédente, estimant qu’il ne reflétait pas les valeurs de respect et de dignité que l’on attendait des astronautes.
Cela a aussi établi un précédent pour les missions ultérieures, où le langage reste particulièrement surveillé. Des incidents comme celui d’Apollo 16, où John Young s’est exprimé sur les flatulences causées par son alimentation spatiale, rappellent que la concentration des astronautes sur leur important rôle à des milliers de kilomètres de la Terre est primordiale.
Alors que la NASA prépare pour 2028 la mission Artemis IV, la question du langage approprié reviendra peut-être à l’ordre du jour, dans un contexte où l’attente du public et les enjeux de communication restent élevés.
Source : Espace : les articles et enquêtes de la rédaction de Numerama (www.numerama.com)
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Auteur : Hugo Ruher







