La mairie renomme « On efface tout une histoire » : le cinéma devient un outil de réécriture politique.
Le fait principal
À Elne, près de Perpignan, le cinéma René Vautier change de nom et de gestion. La nouvelle municipalité d’extrême droite a décidé de renommer la salle « La Bobine illibérienne », provoquant une levée de boucliers de l’opposition et des cinéphiles.
Ce qui s’est passé
Le cinéma municipal d’Elne, qui compte environ 9 500 habitants, ne portera plus le nom du célèbre cinéaste engagé René Vautier à sa réouverture prévue le 3 octobre 2026. La mairie met fin à plus de vingt ans de collaboration avec l’association Cinémaginaire, reprenant la gestion de la salle en régie municipale. Cette décision a suscité des critiques acerbes de la part des élus d’opposition, qui y voient un « effacement de l’histoire ».
Le contexte
René Vautier, connu pour son engagement anticolonialiste et ses films sur la guerre d’Algérie, est une figure emblématique. Le conseiller municipal d’opposition, Roland Castanier, souligne que ce changement de nom est symptomatique d’une volonté de la part de la municipalité de se distancier de certaines valeurs historiques. Le maire, Steve Fortel, justifie cette décision en affirmant vouloir dissocier culture et politique, tout en se présentant comme un homme de renouveau.
Les chiffres à retenir
Le cinéma d’Elne, qui dispose de 150 places, a vendu en moyenne seulement neuf billets par séance. La nouvelle gestion municipale coûtera environ 50 000 euros par an, soit plus du double du budget précédent.
Ce que cela révèle
La décision de renommer le cinéma et de changer sa gestion n’est pas qu’une simple affaire de marketing. Elle révèle une volonté manifeste de l’extrême droite de réécrire l’histoire locale à son image. En effaçant Vautier, la municipalité semble vouloir balayer d’un revers de main les luttes sociales et politiques qui ont jalonné son parcours. Fortel clame que « la culture ne doit pas être politisée », mais dans les faits, c’est précisément ce qu’il fait : politiser la culture en la dépouillant de ses racines historiques.
Ce qu’il faut retenir
Le changement de nom du cinéma d’Elne est le symbole d’une ère nouvelle où l’histoire est remise en question au profit d’une vision simplifiée et aseptisée. La culture, loin d’être un simple divertissement, devient un champ de bataille idéologique sous l’œil vigilant d’une municipalité qui semble vouloir effacer tout ce qui ne cadre pas avec sa vision du monde.
Sources : France 3, Cinémaginaire
