La gravure sur nacre, cet art oublié des bagnards

La Gravure sur Nacre : Un Art Oublié des Bagnards de Nouvelle-Calédonie

La ville de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, met à l’honneur un art souvent négligé : la gravure sur nacre, pratiquée par les bagnards au XIXe siècle. Une exposition inédite, intitulée Graveurs sur nacre, l’art des forçats de Nouvelle-Calédonie, a ouvert ses portes le 22 avril 2023 à la Maison Higginson, présentant plus de 300 coquillages gravés, témoignant d’un savoir-faire unique.

Cette forme d’art, bien que présente dans les bagnes métropolitains comme à Toulon ou Rochefort, se distingue par l’utilisation massive de la nacre en Nouvelle-Calédonie. Louis Lagarde, maître de conférences en histoire et archéologie de l’Océanie à l’Université de Nouvelle-Calédonie, souligne que la production est estimée à des « milliers et des milliers d’objets » et que certaines pièces témoignent d’une « recherche de virtuosité ».

Les objets exposés proviennent de fonds variés, incluant des collections privées et des acquisitions récentes par la ville. Muriel Mainguet, conservatrice des musées de la ville, indique que c’est la première fois qu’une exposition regroupe autant de ces objets en un seul lieu.

La gravure sur nacre, souvent considérée comme une « économie de la débrouille », permettait aux bagnards de gagner un peu d’argent dans un quotidien difficile. À partir de 1886, cette activité s’est structurée avec la mise en place d’ateliers surveillés. Les nacres étaient ensuite vendues dans des magasins de Nouméa, facilitant leur circulation.

Les artisans puisaient leur inspiration dans leur vécu et leur environnement. Les motifs gravés évoquent tant la France, à travers des symboles de la République, que la culture kanak, avec des représentations de scènes de vie et de motifs symboliques liés aux tatouages.

Parmi les artisans notables, Jean-Baptiste Tournaire, un faux-monnayeur, est reconnu pour ses portraits gravés sur coquillage. Un autre, Jacques Joseph Dintroux, un criminel condamné à perpétuité, est considéré comme le plus prolifique des artistes du bagne, produisant des œuvres à la fois spectaculaires et abondantes.

L’exposition vise à redonner vie à ce patrimoine souvent mal identifié, permettant ainsi de sortir de l’oubli les artistes qui ont contribué à cet héritage culturel. Bien que la pratique ait décliné dans les années 1930, des traces de cette tradition subsistent dans le mobilier calédonien.

L’exposition Graveurs sur nacre, l’art des forçats de Nouvelle-Calédonie est accessible au public gratuitement. Des visites guidées et des animations sont prévues tout au long de l’année.

Source : Louis Lagarde et Muriel Mainguet, exposition à la Maison Higginson.

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