Je me cache, je fais attention : la réalité des jeunes migrants sous OQTF dans le Jura

Depuis 2024, la loi sur l’immigration en France a été durcie, entraînant une augmentation significative des Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF) délivrées, notamment dans le département du Jura. Face à cette situation, de nombreux restaurateurs se retrouvent contraints de continuer à employer des migrants en situation irrégulière, tandis que l’association Solidarité Migrants Jura (SolMiJura) fait face à un afflux croissant de demandes d’aide.

Chaque matin, Emon, un jeune homme de 19 ans originaire du Bangladesh, se rend à son travail avec une anxiété palpable. « Je me cache, je fais attention. Quand je suis sur la route, je fais attention pour voir s’il y a une gendarmerie », confie-t-il. En situation irrégulière et sous le coup d’une OQTF depuis deux ans, Emon est apprenti dans un restaurant. Bien que son contrat d’apprentissage devrait théoriquement le protéger d’une expulsion, la réalité est tout autre.

Son employeur a tenté de l’aider à obtenir une régularisation, mais les démarches se révèlent souvent infructueuses. « C’est compliqué. On a essayé de régulariser, même en écrivant aux députés », explique le restaurateur. Malgré ces efforts, il continue d’employer Emon, conscient de l’absence de solutions viables. « On marche sur des œufs. Tout le monde fait ça, que ce soit dans le bâtiment ou la restauration, il y a un manque de main-d’œuvre », déclare-t-il.

La situation est d’autant plus préoccupante que les jeunes migrants, comme Emon, sont souvent des travailleurs exemplaires. « Ils sont respectueux, ponctuels et prennent plaisir à travailler », précise le restaurateur. Emon est employé depuis plus de deux ans sans être inquiété par les autorités.

Malgré la possibilité d’être hébergés par l’aide sociale à l’enfance, de nombreux jeunes migrants voient leur minorité contestée et se retrouvent sous la protection de l’association SolMiJura, qui s’efforce de leur trouver un logement, malgré le risque d’hébergement illégal.

Martine, membre de l’association, souligne le courage des migrants : « Le risque, c’est plutôt le migrant qui le prend. Quitter son pays et sa famille, comme celui que j’héberge qui a marché pendant 14 mois pour arriver en France. » Actuellement, une dizaine de jeunes sont en attente de régularisation, alors que la loi de 2024 a prolongé la durée des OQTF de un à trois ans, rendant leur exécution plus stricte.

Christian Pageault, également membre de SolMiJura, évoque une vague d’OQTF touchant des mineurs non accompagnés, souvent mis à la rue dans des délais très courts. « On a eu une vague de onze OQTF qui ont conduit des jeunes à se retrouver à la rue », déclare-t-il. L’association fait appel à des solutions d’hébergement solidaires, mais se retrouve à court de ressources.

La situation des jeunes migrants dans le Jura illustre les conséquences directes de la législation actuelle, qui semble accentuer leur précarité et leur vulnérabilité.

Source : France Télévisions

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