
« Je pensais rentrer chez moi rapidement »: ces Russes exilés en France pour échapper à la guerre de Vladimir Poutine
Leurs vies ont basculé le 24 février 2022, lorsque Vladimir Poutine a ordonné l’invasion de l’Ukraine. Comme des milliers de Russes opposés à la guerre, Ekaterina, Mikhail et Boris* ont choisi l’exil en France. Menaces pour leur sécurité, répression croissante, liberté d’expression étouffée : ces journalistes, militants et chercheurs racontent leur déracinement, la rupture avec leur pays et la lente reconstruction d’une vie loin de la Russie en guerre.
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À aucun moment Ekaterina Rozova n’aurait imaginé être encore hors de son pays quatre ans après avoir décidé de quitter sa Russie natale en avril 2022, deux mois après le début de l’invasion de l’Ukraine. Étudiants, journalistes, artistes, chercheurs, militants et intellectuels : dès le début de la guerre, des milliers de ressortissants russes ont, comme elle, préféré fuir la Russie de Vladimir Poutine pour des raisons de sécurité après avoir osé contester l' »opération militaire » lancée en Ukraine.
Quatre ans après, les négociations de paix piétinent et le conflit s’éternise. Comme beaucoup de ses concitoyens, la jeune femme de 27 ans réside toujours à Paris, où elle exerce en tant que chercheuse en études slaves. Bien que Vladimir Poutine ait déclaré que la guerre touchait « à sa fin », les espoirs de paix semblent s’éloigner.
« Prendre la décision de partir a été très dur émotionnellement. Mais je pensais sincèrement que ça serait réglé en deux ou trois mois et qu’ensuite je pourrais rentrer chez moi rapidement », confie Ekaterina Rozova, aujourd’hui installée en France sous un titre de séjour « passeport talent » accordé fin 2022 grâce au programme PAUSE du Collège de France, qui accueille des scientifiques et artistes internationaux en exil.
« Je ne rentrerai probablement jamais chez moi »
À l’instar de nombreux intellectuels russes, Ekaterina a pris sa décision face à un contexte de censure croissante, notamment avec le vote d’une loi interdisant toute forme de contestation de l’armée russe. À ce moment-là, elle choisit de quitter la Russie par peur pour sa sécurité, d’autant plus que l’université moscovite où elle travaille signe une tribune de soutien à la guerre.
Elle affiche publiquement son opposition au conflit en cosignant une lettre collective de désapprobation et en participant à plusieurs manifestations réprimées. « Ils ont réussi à créer un climat de peur, de suspicion généralisée tel que certains préféraient se taire et obéir », raconte-t-elle.
Aujourd’hui, elle se réjouit de pouvoir être en sécurité en France, mais le déracinement de sa terre natale est encore à vif. Quatre ans après, elle reconnaît s’être repliée sur elle-même, rongée par l’anxiété. « Je suis encore isolée et désorientée. Mentalement et émotionnellement, je vis encore en Russie. »
« Le pays que j’ai quitté en 2022 n’existe plus »
Mikhail Petrov, 22 ans à l’époque, quitte également Saint-Pétersbourg au printemps 2022, en raison d’une loi liberticide à l’égard de la presse, à cause de laquelle de nombreux médias critiques envers le Kremlin ont fermé. Il n’arrive en France qu’en 2025, après trois années d’exil à travers plusieurs pays. Lors de son arrivée à Paris, il passe son premier mois à entretenir des cabanes dans la forêt de Fontainebleau en échange d’un toit et de nourriture.
En février dernier, l’asile politique a été accordé à Mikhail Petrov. Il cherche désormais un emploi tout en continuant à apprendre le français. « Je suis très reconnaissant. Moi qui ne parlais pas français à mon arrivée, aujourd’hui, je peux m’exprimer suffisamment pour travailler. »
Une parole muselée même à des milliers de kilomètres
Boris*, qui avait 23 ans lorsqu’il a quitté le pays, admet avoir pris cette décision du jour au lendemain, « sans réfléchir plus que ça ». Aujourd’hui âgé de 26 ans, il est installé à Montpellier où il poursuit ses études de droit. Malgré son éloignement avec la Russie, il reste extrêmement prudent sur son discours concernant la politique du Kremlin, d’autant que sa famille vit toujours dans le pays.
« Je reste citoyen de la Russie, je ne peux pas parler librement et je dois malheureusement respecter la législation actuelle même en étant à l’étranger », confie-t-il. Selon lui, de nombreux Russes souhaitent quitter le pays, mais beaucoup n’ont pas les moyens ou le courage de le faire.
Cet exilé russe en France a préféré témoigner sous couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité liées au contexte politique. Son prénom a donc été volontairement modifié.
Source : BFM TV





