Le rapprochement entre Joseph Kabila et Sultani Makenga, chef militaire du M23, suscite des interprétations divergentes au sein des communautés tutsies congolaises. Certains y voient une convergence politique contre le pouvoir de Kinshasa ; d’autres estiment que cette évolution sert surtout les intérêts du Rwanda. Un sociologue relativise, lui, ses effets sur les relations entre communautés.

Des adversaires en 2012
En 2012, le M23 combattait le pouvoir de Joseph Kabila. Le mouvement reprochait notamment aux autorités congolaises de ne pas protéger les populations tutsies. Plus de dix ans après, l’ancien président et Sultani Makenga semblent désormais évoluer dans un même environnement politique, une évolution qui interroge sur les intérêts qu’ils pourraient partager.
Pour Enock Sebineza, président de la communauté banyamulenge de Kinshasa, ce rapprochement profite avant tout à Kigali. Il souligne que Joseph Kabila avait auparavant écarté Makenga de l’armée et estime que les Banyamulenge sont pris entre les rébellions et les accusations d’autres Congolais, qui les soupçonnent de servir de relais au Rwanda.
Des lectures différentes au sein des communautés
Tite Gatabazi, membre de la communauté tutsie de RDC, propose une autre interprétation. Selon lui, Kabila et le M23 se rejoignent désormais dans leurs critiques de la gouvernance congolaise. Il voit une continuité entre les revendications initiales du M23, liées aux persécutions des Tutsis congolais selon son analyse, et les prises de parole de l’ancien président contre les dérives du régime de Kinshasa.
Ces appréciations ne constituent pas une explication commune du rapprochement. Là où Enock Sebineza met en avant les intérêts du Rwanda et les soupçons qui pèsent sur sa communauté, Tite Gatabazi insiste sur une convergence politique autour de la gouvernance du pays.
Une alliance qui ne représente pas les communautés
Le sociologue et professeur d’université David Lubo invite à ne pas confondre les choix de leaders rebelles avec les positions des communautés auxquelles ils appartiennent. Selon lui, celles-ci ne partagent pas nécessairement les vues de leurs « fils » engagés dans la rébellion.
Il estime que l’alliance entre Kabila et Makenga ne devrait pas, à elle seule, modifier la cohabitation entre les communautés. Cette lecture distingue le rapprochement politique entre responsables de ses possibles répercussions sociales, dans une région de l’est de la République démocratique du Congo marquée par des conflits et des tensions communautaires.
Les témoignages recueillis dessinent ainsi deux explications principales — intérêts liés au Rwanda ou convergence contre le pouvoir de Kinshasa — sans établir de réconciliation idéologique entre les anciens adversaires. La portée de ce rapprochement pour la cohésion sociale et les perspectives de paix reste une question ouverte.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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