La coalition C64 veut rapprocher Félix Tshisekedi et Joseph Kabila en les rencontrant séparément, à Kinshasa puis à Goma. La démarche se heurte à l’avertissement du gouvernement, qui invoque l’article 192 du Code pénal et une peine pouvant aller d’un à cinq ans de prison. La coalition maintient néanmoins son projet, dans un contexte de fortes tensions politiques.

Un projet de médiation contesté

La C64 entend rencontrer le président Félix Tshisekedi à Kinshasa, puis l’ancien chef de l’État Joseph Kabila à Goma. Son objectif affiché est de favoriser un rapprochement entre les deux hommes. L’initiative a été décidée lors d’une réunion de son présidium à Rome.
Le gouvernement met en garde contre tout contact avec une « puissance ennemie » en temps de guerre, en référence à l’article 192 du Code pénal, qui prévoit une peine d’un à cinq ans d’emprisonnement. Au sein de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel, Adolphe Amisi Makutano a également averti les membres de la coalition que la loi pourrait être appliquée à ceux qui agiraient contre l’État.
La C64 maintient son déplacement à Goma
La mise en garde intervient alors que plusieurs responsables politiques sont visés par des mesures judiciaires. Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), associé à Joseph Kabila, a été dissous par le Conseil d’État. Plusieurs de ses cadres, dont Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary, sont emprisonnés, selon les éléments rapportés par la Deutsche Welle.
Prince Epenge, membre de la C64, a lui aussi été transféré à la prison de Makala. Il est poursuivi pour « propagation de faux bruits ». Malgré ces pressions, la coalition affirme qu’elle ira à Goma.
Augustin Bisimwa, cadre de la Coalition de gauche et membre de la C64, présente les deux anciens partenaires comme des acteurs incontournables pour ramener la paix. Il leur reproche toutefois, chacun à sa manière, de menacer l’ordre constitutionnel : Félix Tshisekedi par un éventuel changement de Constitution, et Joseph Kabila par la prise des armes pour conquérir le pouvoir. Ces accusations sont celles de Bisimwa.
Une réconciliation jugée possible
La rupture entre les deux hommes n’exclut pas, selon Godefroid Muzalia, la possibilité d’un rapprochement. Ce chercheur sur les conflits à l’Université de Gand estime que leur passé commun pourrait permettre de réparer leurs relations politiques, même si la rupture est aujourd’hui consommée.
Félix Tshisekedi et Joseph Kabila avaient formé en 2019 la coalition FCC-CACH, après la première alternance pacifique au sommet de l’État. Le camp de Kabila, alors majoritaire au Parlement, a perdu cette majorité en 2021 au profit de l’Union sacrée de Tshisekedi. Cette rupture a ouvert une période de rivalité qui pèse désormais sur la vie politique congolaise.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
Auteur : Jean-Noël Ba-Mweze
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