Des études signalent une vulnérabilité accrue
Une analyse américaine publiée en 2019 par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) a estimé que les femmes vétérinaires avaient 3,5 fois plus de risques de mourir par suicide que la population générale, et les hommes 2,1 fois plus. Une étude européenne parue en 2025 dans Frontiers in Veterinary Science indique, elle, un taux deux fois supérieur à celui des autres professionnels de santé et quatre fois supérieur à celui de la population générale.
Ces chiffres ne signifient pas que le métier détermine à lui seul le risque suicidaire. Le psychologue Álvaro Toledo rappelle que le suicide est un phénomène complexe, lié à plusieurs facteurs. Des conditions de travail difficiles qui se prolongent — longues journées, manque de repos, surcharge et responsabilité élevée — peuvent toutefois renforcer une vulnérabilité, selon lui.
En Espagne, le Conseil général des associations vétérinaires, présidé par Gonzalo Moreno, mène une étude avec la Fondation Galatea afin de mieux documenter le mal-être dans la profession. Moreno évoque des situations qui dépassent le seul risque suicidaire, notamment l’épuisement professionnel, l’anxiété et la dépression.
La charge du métier, entre urgences et deuil
Les vétérinaires soignent des animaux de compagnie, mais leur activité concerne aussi les animaux d’élevage et la santé publique. Ils doivent régulièrement annoncer de mauvaises nouvelles, accompagner des propriétaires endeuillés et faire face à la mort, parfois à travers des décisions d’euthanasie. En Lituanie, une thèse publiée en 2023, fondée sur les réponses de 133 vétérinaires spécialisés dans les petits animaux, souligne le poids émotionnel des soins et des relations avec les propriétaires. Près de 97 % des personnes interrogées disaient éprouver une détresse après la mort d’un animal suivi pendant plusieurs années.
Les conditions d’exercice peuvent aussi peser sur la vie personnelle et la sécurité financière. Gonzalo Moreno décrit des salaires relativement bas et une reconnaissance moindre que dans d’autres branches de la médecine. En France, les difficultés liées aux « déserts vétérinaires » sont particulièrement évoquées dans les zones rurales : certains praticiens peuvent travailler jusqu’à 80 heures par semaine ou asr des gardes de 24 heures. Une enquête française citée dans le dossier fait état d’un risque de suicide trois à quatre fois supérieur à la moyenne nationale.
Les relations avec le public constituent un autre facteur de tension. Le dossier rapporte que 60 % des vétérinaires interrogés déclarent avoir subi une forme de violence. Les agressions, les attentes des clients et les contraintes liées aux gardes peuvent s’ajouter à la charge émotionnelle des consultations.
Des réponses encore inégales
En Pologne, une enquête relayée par le portail de la Chambre nationale de médecine vétérinaire fait état de symptômes de dépression chez près de 36 % des répondants et de troubles anxieux chez 40 %. Parmi eux, 39 % disent avoir eu des pensées suicidaires et 60 % connaître un collègue ayant fait une tentative de suicide ou étant mort par suicide. Un dispositif d’aide permet aux vétérinaires d’accéder à deux séances de soutien gratuites par mois ; 249 comptes ont été créés au cours de ses deux premiers mois.
En Espagne, Gonzalo Moreno estime que des données fiables sont nécessaires pour orienter les réformes. Il plaide également pour agir sur les causes structurelles du burn-out, notamment la rémunération, les conditions de travail et les agressions. Álvaro Toledo, de son côté, recommande d’étudier les circonstances des suicides afin de mieux comprendre comment différents facteurs peuvent se combiner. Les initiatives de soutien existent dans certains pays, mais les réponses et les données disponibles restent variables d’un endroit à l’autre.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Adrian Burtin



