« Au début, nous n’avions nulle part où aller. » Lorsque sa maison est rendue inhabitable par une opération de démolition, le 17 janvier 2023, à Doujani, dans la commune de Mamoudzou, Saïd* (le prénom a été modifié) se retrouve à la rue avec sa famille. Ce jour-là, 160 cases sont détruites dans le quartier et plus de 450 personnes, qui y vivaient parfois depuis une dizaine d’années, sont délogées. La préfecture annonce avoir mis 120 personnes à l’abri. Les autres peinent à trouver une solution : « Nous avons passé environ une semaine à la rue avant d’obtenir un hébergement à Tsoundzou 2 », raconte Saïd. Ce campement, situé plus loin dans le sud de Mamoudzou, sera lui-même détruit deux ans plus tard, laissant cette fois plus de 800 personnes sans solution d’hébergement.
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Entre avril 2019 et juillet 2025, la préfecture de Mayotte a pris 52 arrêtés ordonnant « l’évacuation et la destruction de locaux construits illicitement » (dont 43 ont été exécutés). Le Monde a compilé ces informations (accessibles ici). Selon les chiffres de la préfecture, ce sont 3 884 habitations qui ont été détruites entre juin 2019 et juillet 2025. Or, selon les estimations datant de 2017 de l’Institut national de la statistique et des études économiques, 4,5 personnes vivent en moyenne dans chaque « case » en tôle. Ces opérations ont donc potentiellement entraîné le délogement de 17 478 personnes.
Sur la période, ces démolitions s’inscrivent dans le cadre de l’article 197 de la loi portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (ELAN). Il permet au préfet de Mayotte d’ordonner par arrêté la destruction de « locaux ou installations » présentant « des risques graves pour la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique ». Ce texte impose que chaque arrêté soit assorti d’un « rapport motivé établi par les services chargés de l’hygiène et de la sécurité » et de propositions de logements ou d’hébergement d’urgence « adaptées ».
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Démolitions à Mayotte : Quand la salubrité publique rime avec délogement
Chapeau : À Mayotte, la préfecture détruit des habitations au nom de la sécurité, laissant des familles à la rue. Une ironie amère dans un contexte de promesses de logement.
Ce qui se passe réellement
« Au début, nous n’avions nulle part où aller. » Le 17 janvier 2023, Saïd se retrouve à la rue avec sa famille après la destruction de sa maison à Doujani, dans la commune de Mamoudzou. Ce jour-là, 160 cases sont rasées, délogeant plus de 450 personnes, dont beaucoup vivaient là depuis une décennie. La préfecture, dans un élan de générosité, annonce avoir mis 120 personnes à l’abri. Les autres, eux, errent sans solution : « Nous avons passé environ une semaine à la rue avant d’obtenir un hébergement à Tsoundzou 2 », se souvient Saïd. Ironie du sort, ce campement sera également détruit deux ans plus tard, laissant plus de 800 personnes sans abri.
Entre avril 2019 et juillet 2025, la préfecture de Mayotte a pris 52 arrêtés pour ordonner l’« évacuation et la destruction de locaux construits illicitement », dont 43 ont été exécutés. Selon les chiffres officiels, 3 884 habitations ont été détruites, entraînant potentiellement le délogement de 17 478 personnes, si l’on se fie à la moyenne de 4,5 personnes vivant dans chaque case.

Pourquoi cela dérange
Ces démolitions, justifiées par l’article 197 de la loi ELAN, prétendent protéger la salubrité et la sécurité publique. Mais où est la sécurité pour ceux qui se retrouvent à la rue ? La loi impose que chaque arrêté soit accompagné d’un rapport motivé et de propositions de logements d’urgence « adaptées ». On se demande alors si ces rapports existent réellement ou s’ils sont aussi fictifs que les promesses de relogement.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont désastreuses. Des familles entières se retrouvent sans abri, sans solution, et souvent sans espoir. Les démolitions ne sont pas seulement des actes administratifs ; elles détruisent des vies et des communautés. La préfecture semble plus préoccupée par l’éradication de l’« illégalité » que par le bien-être de ses citoyens.
Lecture satirique
Les discours politiques autour de ces démolitions sont un véritable festival d’hypocrisie. D’un côté, on prône la sécurité et la salubrité, de l’autre, on laisse des familles à la rue. C’est un peu comme si l’on disait : « Nous vous délogerons pour votre propre bien », tout en se moquant de la réalité de ceux qui souffrent. La déconnexion entre les promesses et la réalité est frappante.
Effet miroir international
Si l’on regarde au-delà des frontières, on peut voir des parallèles avec des politiques autoritaires ailleurs dans le monde. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, les gouvernements justifient souvent des décisions draconiennes par des raisons de sécurité, tout en négligeant les droits fondamentaux des citoyens. À Mayotte, le scénario se répète, mais avec une touche locale.
À quoi s’attendre
Si la tendance se poursuit, on peut s’attendre à une intensification des démolitions et à un accroissement du nombre de personnes sans abri. Les promesses de relogement risquent de rester lettre morte, et la situation pourrait devenir encore plus critique.
Sources

Visuel — Source : www.lemonde.fr



