De la Russie de Poutine à la France : ce que l’extrême droite au pouvoir pourrait changer

Élections sous pression dans les territoires ukrainiens occupés, restrictions contre les opposants, médias indépendants affaiblis : le scrutin organisé par Moscou rappelle jusqu’où peut aller un pouvoir lorsqu’il réduit progressivement les contre-pouvoirs. Pour la France, la comparaison avec la Russie de Vladimir Poutine ne permet pas de prédire l’avenir. Elle permet en revanche de poser une question essentielle : que se passerait-il si une force politique française favorable à une rupture avec certaines institutions européennes et à un rapprochement avec Moscou arrivait au pouvoir ?
En Russie, le vote peut devenir un instrument de contrôle
Les élections législatives russes de septembre 2026 se déroulent également dans plusieurs territoires ukrainiens occupés par la Russie.
Des témoignages rapportés par RFI font état de pressions exercées sur les habitants afin qu’ils participent au scrutin. Des militaires armés auraient notamment accompagné des équipes chargées de recueillir les votes directement au domicile des habitants. Des personnes refusant de participer auraient été menacées de figurer sur des listes de citoyens considérés comme peu fiables, avec le risque de détentions arbitraires.
L’OSCE considère que l’organisation de ces élections dans les territoires ukrainiens occupés ne produit aucun effet juridique au regard du droit international.
Ce point est fondamental : une élection n’est démocratique que si le citoyen peut voter librement, mais aussi refuser de voter, critiquer le pouvoir et choisir réellement entre plusieurs options.
La Russie de Poutine n’est pas simplement une caricature de démocratie
Le Parlement européen décrit aujourd’hui la Russie comme une « autocratie électorale », soulignant notamment le recul des libertés politiques, les restrictions imposées aux médias indépendants et à la société civile ainsi que l’importance des campagnes de désinformation.
L’Union européenne maintient par ailleurs jusqu’en mai 2027 ses mes restrictives visant notamment les responsables de graves violations des droits humains, de répression de la société civile et d’atteintes à la démocratie et à l’État de droit en Russie.
La question posée aux Français n’est donc pas de savoir si la France deviendrait automatiquement la Russie.
Elle ne le deviendrait pas.
La France possède une Constitution, une justice indépendante, un Parlement, une presse pluraliste, des collectivités puissantes, une société civile organisée et des institutions européennes.
Mais ces protections ne rendent pas une démocratie éternelle.
Et si l’extrême droite arrivait au pouvoir en France ?
C’est ici que le débat mérite d’être précis.
Une victoire électorale du RN ne signifierait pas mécaniquement l’installation d’un régime autoritaire. Le RN affirme lui-même défendre les institutions françaises et la souveraineté nationale.
Son programme législatif de 2024 proposait notamment de refuser tout transfert supplémentaire de compétences à l’Union européenne dans les domaines de la défense et de la diplomatie et de renforcer la souveraineté nationale.
Mais certaines orientations auraient des conséquences importantes sur la relation de la France avec l’Europe et sur sa politique étrangère.
En septembre 2026, plusieurs responsables du RN ont notamment défendu une réduction ou un arrêt du soutien français à l’Ukraine. Louis Aliot a évoqué la volonté de « couper le robinet » de l’aide française à Kiev, tandis que Jordan Bardella a ensuite défendu une position plus conditionnelle sur cette aide.
Il ne s’agit donc pas d’un détail diplomatique.
Cela toucherait directement la relation de la France avec ses partenaires européens et sa stratégie de sécurité.
Le risque ne concerne pas uniquement l’Ukraine
La France considère désormais la Russie comme une menace majeure pour la sécurité européenne.
Le ministère français des Affaires étrangères indique que les actions hybrides russes se multiplient en Europe et souligne notamment les risques liés aux opérations de déstabilisation, aux cyberattaques et aux tentatives d’influence.
La France affirme également que les tentatives de manipulation et d’ingérence visant le débat démocratique pourraient se multiplier à l’approche de la présidentielle de 2027.
Le Parlement européen documente lui aussi des campagnes russes de désinformation politique, des cyberattaques visant notamment des infrastructures liées aux élections et différentes formes de soutien à des acteurs politiques européens.
Cela ne signifie évidemment pas que tout électeur du RN serait manipulé par Moscou.
Ce serait absurde et intellectuellement paresseux.
Un électeur peut soutenir le RN pour des raisons totalement françaises : immigration, sécurité, pouvoir d’achat, services publics, fiscalité ou sentiment d’abandon politique.
Mais une autre question demeure : quelles conséquences aurait une politique étrangère française davantage distante de l’Ukraine et plus favorable à un rapprochement avec la Russie ?
Une rupture avec l’Europe aurait des conséquences très concrètes
La souveraineté nationale peut être défendue de différentes manières.
Mais la France n’existe pas dans le vide.
Son économie, ses entreprises, ses chaînes industrielles, sa défense, son énergie, ses échanges commerciaux et sa sécurité sont profondément liés au reste de l’Europe.
Une politique conduisant à une confrontation accrue avec certaines institutions européennes pourrait donc avoir des conséquences économiques et diplomatiques importantes.
Le scénario exact dépendrait naturellement des décisions prises par un éventuel gouvernement.
Il serait donc trompeur d’affirmer aujourd’hui : « si le RN arrive au pouvoir, la France deviendra la Russie ».
Ce n’est pas démontré.
En revanche, il est parfaitement légitime d’examiner les conséquences possibles d’un changement majeur de politique étrangère, européenne et institutionnelle.
Le précédent russe doit surtout servir d’avertissement
Ce qui se passe dans les territoires ukrainiens occupés est particulièrement révélateur.
Des citoyens peuvent être contraints de participer à une élection.
Des opposants peuvent être considérés comme des ennemis.
Des médias indépendants peuvent être réduits au silence.
La propagande peut remplacer l’information.
Le vote peut continuer à exister tout en perdant progressivement sa substance démocratique.
C’est précisément pourquoi la démocratie ne se résume pas au fait de déposer un bulletin dans une urne.
Elle repose aussi sur la liberté de critiquer le gouvernement, la possibilité de changer de majorité, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse, le pluralisme politique et l’existence de contre-pouvoirs.
À ceux qui soutiennent le RN et admirent Poutine : regardez aussi ce qui se passe derrière les discours
On peut être préoccupé par l’immigration.
On peut vouloir davantage de sécurité.
On peut considérer que l’Union européenne prend trop de place.
On peut vouloir réduire les dépenses publiques.
On peut même vouloir profondément changer la politique étrangère française.
Tout cela relève du débat démocratique.
Mais soutenir une politique ne dispense pas d’en regarder les conséquences possibles.
Et admirer Vladimir Poutine mérite, lui aussi, d’être confronté à la réalité de son système politique.
Dans la Russie actuelle, les élections existent.
Mais les conditions dans lesquelles elles se déroulent, notamment dans les territoires ukrainiens occupés, montrent ce qui arrive lorsque le pouvoir politique contrôle progressivement les institutions, l’information et les espaces de contestation.
La France n’est pas la Russie. Et c’est précisément pour cela qu’il faut préserver ce qui la protège.
La question pour les Français n’est donc pas :
« Êtes-vous pour ou contre le RN ? »
La question démocratique est plus exigeante :
Que souhaitez-vous que devienne la France ?
Quelle relation avec l’Europe ?
Quelle politique envers la Russie ?
Quelle politique envers l’Ukraine ?
Quelle place pour les contre-pouvoirs ?
Quelle protection pour la liberté de la presse ?
Quelle indépendance pour la justice ?
Quelle politique étrangère ?
Quelle conception de la démocratie ?
Ces questions méritent mieux que des slogans.
Parce qu’une fois les libertés réduites, les institutions affaiblies ou les contre-pouvoirs marginalisés, revenir en arrière peut être beaucoup plus difficile qu’on ne l’imagine.
La Russie montre ce que peut devenir un système politique lorsque le pouvoir finit par contrôler suffisamment les règles du jeu.
La France n’en est pas là.
Et rien ne permet d’affirmer qu’elle le deviendrait automatiquement avec un gouvernement d’extrême droite.
Mais l’histoire récente montre une chose : une démocratie ne doit jamais considérer ses propres protections comme acquises pour toujours.
On vous aura avertis. Maintenant, informez-vous et décidez.
#Artia13
Sources principales : RFI, Parlement européen, France Diplomatie, Conseil de l’Union européenne, Assemblée nationale, Le Monde.
