Publié le 9 février 2022, le dispositif MOBCO de Santé publique France cherchait à améliorer l’accès à la vaccination contre la Covid-19 des personnes en situation de précarité. Sa démarche associait chercheurs, décideurs et acteurs de terrain. Une étude menée ensuite, PREVAC, a documenté les écarts d’accès à la primo-vaccination et l’intérêt de stratégies combinant accueil dans les services habituels et interventions au plus près des lieux de vie. Ces résultats décrivent une situation de 2021-2022 : ils ne renseignent pas sur la couverture vaccinale actuelle. (invs.santepubliquefrance.fr)

Une démarche construite avec les acteurs de terrain

La démarche MOBCO — pour « mobilisation des connaissances » — a été lancée à l’automne 2020 autour de la prévention de la Covid-19 auprès des personnes précaires. Pour travailler sur l’accès à la vaccination, Santé publique France a réuni plus de 120 chercheurs, professionnels, associations et décideurs. L’objectif était de croiser les connaissances issues de la recherche avec l’expérience des personnes intervenant auprès des publics concernés. (invs.santepubliquefrance.fr)
Les travaux ont notamment examiné la littérature internationale : 17 articles et rapports ont été retenus parmi 531 références identifiées. Des retours d’expérience du Danemark, d’Israël et d’Irlande, ainsi que des entretiens avec des acteurs français, ont alimenté des échanges et des ateliers participatifs. Cette démarche ne consistait donc pas à tester un vaccin, mais à élaborer des pistes pour faciliter l’accès à la vaccination. (invs.santepubliquefrance.fr)
Des obstacles qui se cumulent
Les difficultés d’accès aux soins ne se résument pas à une question d’information. Santé publique France relevait, selon les situations, des obstacles liés à la langue, à des expériences négatives avec les services, à la crainte d’effets secondaires ou à la peur d’être repéré et expulsé. Les besoins immédiats — se loger, se nourrir, travailler ou s’occuper des enfants — peuvent aussi passer avant un rendez-vous de vaccination. La mobilité, l’éloignement des institutions et les difficultés à utiliser les outils numériques compliquent parfois les démarches. (invs.santepubliquefrance.fr)
Les pistes retenues s’appuyaient sur deux approches complémentaires : « aller vers » les personnes, dans leurs lieux de vie, et les « ramener vers » les services de santé, en facilitant leur parcours. Le rôle des associations et des professionnels déjà connus des personnes était jugé important pour instaurer un dialogue de confiance. Les échanges devaient pouvoir se poursuivre dans le temps, avec des intervenants formés et des informations adaptées. (invs.santepubliquefrance.fr)
Ce que l’étude PREVAC a ensuite observé
Les résultats de PREVAC, pilotée par Epicentre avec la contribution de Santé publique France, ont été publiés le 10 mai 2022. L’enquête a porté sur environ 3 800 personnes vivant dans la rue, en squat ou bidonville, en hébergement ou en foyer de travailleurs. Les participants ont été interrogés en face-à-face sur 227 sites d’Île-de-France et de Marseille. Elle estimait l’accès à la primo-vaccination, c’est-à-dire à la première vaccination, et non l’ensemble des doses reçues depuis. (santepubliquefrance.fr)
Dans cette enquête, la vaccination était moins fréquente et plus tardive que dans la population générale. Les niveaux observés variaient selon les conditions de logement : en Île-de-France, la primo-vaccination approchait 80 % dans les foyers de travailleurs, les centres d’hébergement et les hôtels sociaux ; elle était d’environ 40 % parmi les personnes vivant dans la rue, en squat ou en bidonville, ainsi que dans les aires d’accueil permanentes des gens du voyage. Ces chiffres correspondent aux groupes et aux lieux étudiés, à la période de l’enquête : ils ne doivent pas être interprétés comme des taux nationaux ni comme des données actuelles. (santepubliquefrance.fr)
Les centres de vaccination ouverts à tous ont été le lieu de vaccination le plus souvent rapporté. Les dispositifs d’« aller vers », utilisés par une part plus réduite des participants, ont néanmoins été associés à un accès plus fréquent à la vaccination pour certains groupes, notamment les personnes à la rue, récemment arrivées en France ou vivant en aire d’accueil. Comme les résultats sont observationnels, ils décrivent des associations et ne démontrent pas, à eux seuls, que ces dispositifs sont la cause de la différence constatée. (santepubliquefrance.fr)
Des résultats à replacer dans leur contexte
PREVAC a étudié des personnes en grande précarité dans deux territoires et sur des sites définis ; ses résultats ne représentent pas automatiquement toutes les personnes précaires en France. L’enquête portait sur la primo-vaccination pendant la période étudiée, et non sur les recommandations vaccinales en vigueur aujourd’hui. Elle souligne surtout que l’accès dépend aussi des conditions de vie et de la possibilité de rencontrer les personnes avec des relais de confiance.
Le programme MOBCO a également donné lieu à des ressources pédagogiques destinées aux professionnels et bénévoles de première ligne. Ces travaux éclairent des enjeux de santé publique et d’organisation des services ; ils ne constituent ni un diagnostic médical ni une prescription personnalisée. Pour une question individuelle sur la vaccination, un professionnel de santé peut apporter une information adaptée à la situation.
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