Couvre-feu pour les mineurs : quand les maires se prennent pour des juges, surtout à droite !
Le fait principal
À Agen, le Rassemblement national propose l’instauration d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans, non accompagnés, entre 23 heures et 5 heures. Cette me, présentée comme une solution « choc » aux préoccupations sécuritaires, suscite une vive controverse.
Ce qui s’est passé
Le maire sortant, Jean Dionis, a qualifié cette initiative de « illégale, inefficace et dangereuse ». En effet, bien que la législation permette aux maires de prendre des arrêtés de couvre-feu, leur application doit respecter un triptyque strict : durée, danger et proportionnalité. Le tribunal administratif de Lyon a récemment suspendu un arrêté similaire à Mions, arguant qu’il n’était ni nécessaire ni proportionné.
Le contexte
Dans un climat politique tendu, cette proposition du RN s’inscrit dans une stratégie plus large, visant à capitaliser sur les craintes liées à la sécurité publique. Deux villes, Nice et Béziers, dirigées par des maires d’extrême droite, ont réussi à maintenir des couvre-feux pour les mineurs, justifiant ces mes par des statistiques alarmantes sur la délinquance juvénile. À Nice, par exemple, le nombre de mineurs interpellés a augmenté de 50 % en 2024 par rapport à l’année précédente.
Les chiffres à retenir
– À Nice, le nombre de victimes d’infractions pour 1 000 habitants est supérieur à la moyenne française en 2023.- 52 % des interpellations liées au trafic de stupéfiants concernent des mineurs dans le quartier des Moulins.- À Mions, un arrêté interdisant la circulation des mineurs non accompagnés a été suspendu par le tribunal administratif.
Ce que cela révèle
La promesse du RN de rétablir l’ordre par des mes coercitives semble ignorer la complexité des problèmes de délinquance juvénile. En se basant sur des statistiques pour justifier des mes restrictives, le RN ne fait que confirmer son penchant pour la répression plutôt que la prévention. La contradiction est flagrante : d’un côté, une volonté de sécurité affichée ; de l’autre, des mes qui pourraient aggraver la marginalisation des jeunes. Le discours du RN sur la cohérence et la sécurité se heurte à la réalité des faits, où les chiffres ne racontent pas toujours la même histoire que les promesses politiques.
Ce qu’il faut retenir
L’initiative du Rassemblement national à Agen soulève des questions cruciales sur l’efficacité et la légalité des mes de couvre-feu pour les mineurs. Alors que des exemples de succès et d’échecs existent, il est clair que la politique sécuritaire du RN mise sur la peur plutôt que sur des solutions durables. La question demeure : la sécurité des jeunes passe-t-elle vraiment par la répression ?
Sources : Sud Ouest, Ligue des droits de l’homme, Conseil d’État.
