Réunis à Erevan du 19 au 30 octobre, les représentants des États passent en revue les engagements pris en 2022 avec l’accord de Kunming-Montréal. À quatre ans de l’échéance de 2030, les plans nationaux se multiplient, mais le rythme des changements reste insuffisant, notamment dans les secteurs économiques qui exercent une forte pression sur la nature. Les financements internationaux et la réforme des subventions figurent aussi parmi les dossiers sensibles de la COP17.
Des engagements encore loin des objectifs de 2030
Adopté à Montréal par près de 200 pays, l’accord de Kunming-Montréal fixe 23 objectifs mondiaux pour enrayer la perte de biodiversité. Il prévoit notamment de protéger 30 % des terres et des mers, de restaurer 30 % des écosystèmes dégradés et de réduire de moitié les risques liés aux pesticides.
Près de 90 % des pays ont transmis des objectifs nationaux, selon le bilan présenté avant la conférence. Mais la mise en œuvre ne suit pas encore l’ambition affichée. Le premier rapport mondial d’étape, publié par la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, indique que moins de la moitié des cibles nationales évaluées sont en bonne voie. Le rapport « State of Biodiversity Action » souligne également que les objectifs nationaux ne couvrent pas toujours l’ensemble des engagements mondiaux.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a averti que les engagements actuels conduiraient, s’ils étaient tenus, à protéger seulement 26 % des terres et 12 % des mers d’ici à 2030. Ces projections restent donc en deçà de la cible de 30 % fixée à Montréal.
Les secteurs économiques au cœur du retard
Les mesures de conservation et de restauration ont progressé, estime Agnès Hallosserie, spécialiste des négociations sur la biodiversité à l’Institut de développement durable et des relations internationales. Elle identifie cependant des obstacles plus profonds dans l’agriculture, la pêche et l’exploitation forestière, dont les pratiques actuelles restent souvent peu durables.
Les gouvernements se sont engagés à réorienter les subventions qui encouragent des activités dommageables pour les écosystèmes. Le déséquilibre financier demeure considérable : la directrice du Programme des Nations unies pour l’environnement, Inger Andersen, estime qu’à chaque dollar consacré à la protection de la nature correspondent trente dollars dépensés pour des activités qui la dégradent.
La question dépasse les ministères chargés de l’environnement. La transformation des pratiques agricoles, halieutiques et forestières, ainsi que l’intégration de la biodiversité dans les décisions budgétaires et économiques, sont présentées comme essentielles pour atteindre les objectifs. Le rapport de l’ONU relève notamment des progrès insuffisants concernant la réduction des subventions nuisibles à la biodiversité.
Le financement Nord-Sud, autre point de friction
Les pays africains et les petits États insulaires demandent aux pays développés de respecter leurs engagements financiers et de renforcer le transfert de capacités techniques. Pour le continent africain, l’enjeu est particulièrement direct : selon les éléments présentés à la COP, 62 % de son produit intérieur brut dépend fortement de la nature. Le président du groupe Afrique, Ousseynou Kassé, rappelle que les populations dépendent de la biodiversité pour leur alimentation, leurs revenus et leur santé.
L’objectif de 20 milliards de dollars de transferts annuels des pays du Nord vers ceux du Sud, fixé pour 2025, serait en passe d’être atteint, mais avec retard et dans un contexte d’incertitude sur l’aide internationale. Les contributions au Fonds de Cali, créé pour partager les bénéfices tirés de l’utilisation commerciale de données génétiques numérisées, sont également au menu des discussions. Selon les informations rapportées à l’ouverture de la conférence, le fonds ne totalisait alors que 6 000 dollars.
Les discussions portent aussi sur les pays appelés à contribuer aux financements. Plusieurs pays occidentaux souhaitent que des économies aujourd’hui plus riches, dont la Chine et les pays du Golfe, prennent une part plus explicite à l’effort. L’Arabie saoudite a exprimé des réserves sur cette proposition.
Des enjeux qui se jouent aussi sur le terrain
Les pressions sur les milieux naturels affectent notamment l’agriculture et la sécurité alimentaire. La préservation de la biodiversité est également liée à la santé et à la capacité des économies à faire face aux chocs climatiques, selon les enjeux présentés lors de la conférence.
La COP17 doit ainsi confronter les engagements internationaux aux décisions nationales : protéger des espaces, restaurer des écosystèmes et faire évoluer les pratiques qui les dégradent. Les discussions d’Erevan se déroulent dans un contexte de tensions diplomatiques, de budgets contraints et d’incertitudes sur les financements. Quatre ans après l’accord de Montréal, le principal défi reste de transformer les objectifs annoncés en actions concrètes.
Source : L'actualité autour de l'environnement en direct – RFI (www.rfi.fr)
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Auteur : Lucile Gimberg







