
50 ans après l’incendie de la baraque du camp de Natzweiler-Struthof : un acte négationniste en Alsace
Le 13 mai 1976, un incendie criminel a ravagé la baraque-musée de l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof, le seul établi par les nazis sur le territoire français actuel. Cet événement est considéré comme le premier acte des « Loups noirs d’Alsace », un groupuscule d’ultra-droite qui a mené plusieurs attentats dans la région jusqu’en 1981.
À 3h du matin, une témoin depuis Schirmeck (Bas-Rhin) observe une lueur rouge sur la montagne. Les pompiers arrivent rapidement, mais deux heures plus tard, il ne reste que des cendres du bâtiment, qui abritait un musée. La perte matérielle est considérable, avec la destruction d’objets témoignant des souffrances des déportés pendant la période concentrationnaire.
Romain Blandre et Jean-Pierre Stucki-Darsch, dans leur ouvrage Les Loups noirs d’Alsace, enquête sur un groupe autonomiste et terroriste d’ultra-droite, qualifient cet attentat de « sacrilège », une véritable profanation. Dans leur lettre de revendication, les Loups Noirs affirment qu’un seul peuple est accusé (l’Allemagne nazie), tout en soutenant que la France n’a guère été plus humaine.
Le 27 janvier 1945, date marquée par des tags au moment de l’incendie, correspond à la découverte du camp d’extermination d’Auschwitz par les Soviétiques. À cette époque, le camp de Natzweiler était utilisé pour l’internement de ceux soupçonnés d’avoir collaboré avec les nazis. Ce jour-là, un convoi de 1 000 Alsaciens arrive au camp, subissant humiliations et violences de la part des gardiens.
Frédérique Neau, historienne, souligne que ces événements s’inscrivent dans un contexte chaotique, où les ordres n’ont pas été donnés pour de telles exactions. Elle rappelle que les structures d’épuration étaient en place, et que le général de Gaulle souhaitait un système exemplaire.
Les Loups noirs, en réactivant ce souvenir, cherchent à affirmer que la France a fait pire que les nazis. Romain Blandre évoque un proto-négationnisme, où certains détenus au Struthof nient les crimes nazis, ciblant plutôt les communistes et les Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Cependant, les recherches de Blandre et Stucki-Darsch révèlent que les récits des membres des Loups noirs, tels que Pierre Rieffel, sont souvent erronés. Son père, Victor Rieffel, avait été condamné pour collaboration, et aucun membre du groupe n’a été concerné par un procès d’épuration.
Ce proto-négationnisme a contribué à l’émergence du négationnisme actuel, un mouvement encore présent aujourd’hui. En 2019, le nom des Loups noirs est réapparu à Quatzenheim lors de la profanation d’un cimetière juif, où 96 tombes ont été profanées.
Romain Blandre et Jean-Pierre Stucki-Darsch ont réalisé un documentaire en 2025, Les Loups noirs d’Alsace, l’histoire falsifiée, qui explore ces thématiques.
(Source : France 3 Régions)





