Le Cameroun a recensé 76 féminicides depuis le début de 2026, selon les chiffres communiqués par les autorités et relayés le 29 octobre. Des avocats et des défenseurs des droits humains réclament une loi spécifique et appellent à mieux protéger les femmes, alors que le signalement des violences et l’accès à la justice restent difficiles.

Un cadre pénal jugé insuffisant
Le Code pénal camerounais réprime le meurtre et l’assassinat, mais ne prévoit pas, selon l’avocat Hamadou Haman, de dispositif spécifique pour les féminicides. Il estime qu’une loi dédiée permettrait de mieux prendre en compte la nature de ces crimes.
Maître Alfred Noupibon, avocat au Barreau du Cameroun, souligne également que l’état émotionnel de l’accusé peut être retenu comme circonstance atténuante dans certaines décisions. Cette prise en compte nourrit les critiques de ceux qui jugent la réponse judiciaire actuelle inadaptée à la gravité des faits.
La demande d’une législation spécifique s’inscrit ainsi dans un débat plus large sur la lutte contre l’impunité. Les avocats cités appellent à mieux reconnaître les féminicides dans le droit et à renforcer la protection des femmes confrontées aux violences.
Le signalement, un enjeu de protection
Les violences se déroulent souvent dans le cadre familial ou dans l’entourage proche des victimes. Selon Cyrille Rolande Bechon, directrice de Nouveaux droits de l’Homme – Cameroun (NDH-Cameroun), cette proximité peut rendre plus difficile le recours à la justice formelle.
L’organisation mène des actions de sensibilisation pour rappeler aux victimes qu’elles peuvent dénoncer les violences et qu’elles n’en sont pas responsables. Elle insiste sur le fait que les femmes qui les subissent doivent être considérées comme des victimes, et non comme fautives.
Maître Noupibon appelle aussi les personnes informées de menaces ou de violences à les signaler à une autorité, notamment au commissariat ou à la gendarmerie. Il rappelle que, selon lui, le Code pénal peut sanctionner l’inaction au titre de l’omission de porter secours à une personne en danger.
Une campagne nationale en cours
Le gouvernement déploie une campagne de sensibilisation intitulée « Stop féminicides ! Parce que chaque vie compte ». Cette initiative accompagne les appels à encourager le signalement et à améliorer l’accompagnement des victimes.
Pour les avocats et les défenseurs des droits humains cités, la prévention et l’évolution du cadre juridique sont deux volets complémentaires de la réponse à apporter. Le chiffre de 76 féminicides recensés depuis le début de l’année souligne l’ampleur de l’enjeu, tandis que les obstacles au dépôt de plainte et à l’accès à la justice demeurent au cœur des préoccupations.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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