Un débat parlementaire, sans accord définitif
La séance du Bundestag avait été demandée par Die Linke, dont la proposition, élaborée avec des représentants des descendants, réclame une reconnaissance complète des crimes et des réparations. La présence de responsables traditionnels nama et ovaherero a donné une dimension particulière aux échanges. Parmi eux, Gaob D. Timotheus Frederick, venu de Namibie, porte la revendication de sa famille : depuis près de 120 ans, ses membres demandent la restitution des restes de son ancêtre Cornelius Frederick, mort dans le camp de Shark Island.
Le chef suprême des Ovaherero, Mutjinde Katjiua, a lui aussi appelé le Parlement à reconnaître le génocide. Les représentants présents réclament également des excuses officielles et une participation des communautés concernées à l’ensemble des discussions.
La controverse tient notamment à la différence entre la position du gouvernement et celle du Parlement. Berlin reconnaît le génocide dans le cadre d’un projet de déclaration commune avec la Namibie, mais le Bundestag n’a pas adopté de résolution spécifique de reconnaissance. Les négociations entre les deux gouvernements, entamées en 2021, se poursuivent. ([auswaertiges-amt.de](https://www.auswaertiges-amt.de/de/service/laender/namibia-node/bilateral-208320?utm_source=openai))
Une aide de 1,1 milliard d’euros contestée
Le projet d’accord prévoit 1,1 milliard d’euros d’aide à la reconstruction sur 30 ans. Les autorités allemandes présentent cette démarche comme une voie de réconciliation, tout en affirmant que la reconnaissance du génocide ne crée pas de droit juridique à une indemnisation.
Cette approche est vivement contestée par les représentants des communautés. Mutjinde Katjiua estime que l’aide au développement ne peut tenir lieu de réparations. Le politologue Andreas Mehler, directeur de l’Institut Anton-Bergstraesser, décrit de son côté le projet comme une « diplomatie du carnet de chèques ». Pour l’historien Jürgen Zimmerer, de l’université de Hambourg, la crainte de conséquences financières a pesé sur la manière dont l’Allemagne aborde la question.
Entre 1904 et 1908, l’Empire allemand a mené une guerre d’extermination contre les Ovaherero, les Nama, les Damara et les San. Le bilan rapporté dans les estimations citées par la DW atteint au moins 100 000 morts et autant de personnes déplacées. Le travail forcé et la prostitution forcée ont également marqué cette période. Les descendants des victimes restent confrontés aux effets des spoliations foncières.
Restitutions et mémoire coloniale
La restitution des biens culturels et des restes humains reste un autre point de tension. Plusieurs dizaines de milliers de restes seraient encore conservés en Allemagne. Un conseil de coordination chargé des restitutions a été mis en place en mars 2026 sous la responsabilité du ministère allemand des Affaires étrangères. Le gouvernement affirme vouloir laisser aux pays et aux sociétés d’origine le choix des demandes, des priorités et des modalités. Andreas Mehler avertit toutefois qu’une telle organisation pourrait compliquer les démarches des descendants dans certains pays, notamment en Tanzanie. ([auswaertiges-amt.de](https://www.auswaertiges-amt.de/de/newsroom/koordinierungsrat-2762514?utm_source=openai))
La mémoire coloniale reste également peu présente dans la politique fédérale consacrée aux lieux de mémoire. Le contrat de coalition promet de renforcer le travail sur le passé colonial, notamment par la recherche, la restitution et la création de lieux de mémoire. Mais le politologue Alexander Stroh-Steckelberg juge que le sujet a perdu en visibilité par rapport au gouvernement précédent. Zimmerer estime, lui, que les avancées pourraient reculer.
Le débat porte aussi sur la participation des communautés aux projets mémoriels. Zimmerer s’inquiète de leur absence dans les discussions autour d’un lieu envisagé à Brême et plaide pour que Berlin et Hambourg, villes importantes de l’histoire coloniale allemande, soient également concernées. Pour les représentants nama et ovaherero, l’enjeu dépasse la reconnaissance officielle : ils demandent à être associés aux décisions jusqu’à leur aboutissement.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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