À la veille du second tour de la présidentielle brésilienne, prévu dimanche 25 octobre, Lula et Flávio Bolsonaro se livrent une bataille serrée sur le terrain numérique, dans les sondages et devant la justice. Les intentions de vote se sont resserrées depuis le premier tour, tandis que les deux camps cherchent à mobiliser les abstentionnistes et les indécis.

Une campagne relancée sur les réseaux

Le 21 octobre, à Bangu, dans l’ouest de Rio de Janeiro, plusieurs centaines de partisans de Flávio Bolsonaro se sont réunis dans une ambiance festive. À Acari, une quarantaine de kilomètres plus loin, des militants du Parti des travailleurs (PT) distribuaient des tracts pour tenter de convaincre les derniers indécis. Derrière ces scènes de campagne, la tension monte à l’approche du scrutin.
Dans le camp de Lula, la mobilisation s’appuie notamment sur un canal WhatsApp baptisé « l’armée de Lula ». Lancé par le député André Janones, il aurait rassemblé plus de huit millions d’abonnés en quelques jours. L’objectif est d’inciter les soutiens du président à agir en ligne et sur le terrain.
Après un premier tour où Lula n’est pas arrivé en tête, le président a confié davantage de responsabilités à de jeunes élus du PT. Il s’est aussi mis en scène dans des vidéos aux côtés de militants de moins de 30 ans, dans l’espoir de toucher une partie des 6,9 millions de jeunes qui n’ont pas voté au premier tour.
Josué Medeiros, coordinateur de l’Observatoire politique et électoral de l’Université fédérale de Rio de Janeiro, estime que la progression du nombre d’indécis — de 7 à 14 % selon les chiffres cités — peut favoriser le candidat arrivé deuxième au premier tour. Il juge que la mobilisation numérique contribue à faire évoluer les hésitations et à réduire le rejet suscité par Lula avant le scrutin.
Des accusations croisées autour de Meta
Le camp de Flávio Bolsonaro mène lui aussi une campagne numérique active. Le député Nikolas Ferreira, présenté comme l’un de ses principaux relais, dispose de 25 millions d’abonnés. Ses soutiens diffusent notamment des contenus générés par intelligence artificielle visant à dénigrer les rassemblements de la gauche.
La controverse s’est déplacée devant le Tribunal supérieur électoral (TSE). Le camp de Lula accuse Meta de favoriser son adversaire par une « manipulation algorithmique » et a demandé l’annulation de la candidature de Flávio Bolsonaro. De son côté, le sénateur conservateur reproche à Lula un « abus de pouvoir », estimant que des contenus vantant le bilan du gouvernement ont été diffusés massivement sur WhatsApp.
Menacé d’une amende d’environ 500 000 réais par jour — près de 90 000 euros —, Meta affirme avoir pris des mesures pour garantir un traitement égal aux deux candidats. Les deux camps ont également demandé à la justice de disqualifier leur adversaire.
Un écart réduit avant le vote
Au premier tour, Flávio Bolsonaro a obtenu environ 47 % des voix, contre 45 % pour Lula. L’écart s’est ensuite amoindri dans les enquêtes d’opinion. Le 9 octobre, AtlasIntel accordait au sénateur 52,8 % des votes valides au second tour. Dix jours plus tard, l’institut le plaçait à 51,1 %, contre 48,9 % pour Lula. D’autres instituts, dont Datafolha, Quaest et CNT/MDA, ne mesuraient plus qu’un à deux points de différence.
La campagne s’est aussi emparée d’une mesure adoptée au Sénat par 75 voix contre une, visant à mettre fin à la semaine de six jours travaillés. D’abord opposé à la réforme, le camp Bolsonaro s’y est finalement rallié. Lula a mis en doute la sincérité de ce changement de position, qu’il a attribué à l’opportunisme électoral.
Un débat tendu, des électeurs difficiles à convaincre
Le débat télévisé organisé le 18 octobre sur la chaîne Band a duré deux heures. Les candidats ont échangé des accusations et des attaques liées aux soupçons de corruption pesant sur leurs camps, sans détailler longuement leurs propositions sur la sécurité, la santé ou l’économie.
Le politologue Joao Ferres, de l’Université de Rio de Janeiro, estime que les débats influencent peu les intentions de vote et sont de moins en moins suivis. Selon lui, la confrontation a surtout desservi Flávio Bolsonaro, dont l’attitude agressive pourrait déplaire à une partie de l’électorat. Après l’émission, André Janones a été hospitalisé en soins intensifs pour une arythmie cardiaque sévère, que le récit attribue au stress et à la fatigue. Des psychologues ont également évoqué sur les réseaux sociaux des réactions anxieuses chez certains téléspectateurs.
Quelque 33 millions d’électeurs se sont abstenus au premier tour, sur environ 158 millions d’inscrits. À la veille du vote, les appels des partisans de Lula à se rendre tôt aux urnes témoignent de l’inquiétude de la gauche face à un résultat annoncé comme très serré.
Source : France 24 – Infos, news & actualités – L'information internationale en direct (www.france24.com)
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Auteur : Aliénor DE MATOS







