Annie Ernaux évoque le lien entre vivre et écrire dans une interview aux Matins.
Annie Ernaux, invitée des Matins de France Culture, présente deux films inspirés de son œuvre
Annie Ernaux, la célèbre écrivaine française, est actuellement l’invitée des Matins de France Culture pour célébrer la sortie de deux films basés sur ses écrits. Le documentaire Écrire la vie, réalisé par Claire Simon, s’intéresse à la manière dont les jeunes lycéens et lycéennes appréhendent ses livres. Ce film sera diffusé en salle à partir du 23 septembre. En parallèle, le long-métrage Mémoire de fille, adapté du livre éponyme d’Ernaux datant de 2016, sortira le 30 septembre, après avoir été présenté en avant-première au Festival de Cannes. Ces deux productions sont soutenues par France Culture.
Le récit d’un viol qui a pris du temps à trouver son mot
Le livre Mémoire de fille explore l’adolescence d’Annie Ernaux dans une colonie de vacances durant l’été 1958, se concentrant sur sa première relation sexuelle. Judith Godrèche, militante contre les violences sexuelles au cinéma, a réalisé l’adaptation cinématographique. Dans le film, la fille de Godrèche, Tess Barthélemy, incarne Ernaux à 17 ans. Ernaux a exprimé sa curiosité face à cette transformation des mots en images, déclarant que le visionnage du film lui a rappelé sa propre jeunesse.
Dans Mémoire de fille, Ernaux ne qualifie pas sa première expérience sexuelle de viol, bien qu’elle la décrive comme violente. Elle souligne que, à l’époque, il était inconcevable d’associer ce terme à une telle situation. Son regard sur cet épisode a évolué, en partie grâce au mouvement MeToo, qui a permis de mettre des mots sur des expériences auparavant considérées comme des secrets honteux.
Une jeune génération, grande lectrice d’Annie Ernaux
Après avoir reçu le Prix Nobel de littérature en 2022, Ernaux a avoué éprouver des difficultés à gérer cette nouvelle visibilité. Elle a constaté que vivre et écrire sont pour elle intimement liés, et que cette soudaine exposition l’a éloignée de son chemin d’écriture. Cependant, elle trouve du réconfort dans le fait d’être lue par des jeunes, comme le montre le documentaire Écrire la vie, où des lycéens discutent de son œuvre.
Ernaux observe que les perceptions des jeunes en matière de genre diffèrent, les filles ayant souvent une compréhension plus large des dynamiques de pouvoir, tandis que les garçons semblent plus isolés dans leur vision du monde. Elle appelle à une prise de conscience sur ce sujet, soulignant que le problème réside davantage chez les garçons que chez les filles.
Une perte de mémoire de la société
Lors d’un meeting de Jean-Luc Mélenchon en juin 2026, Ernaux a exprimé ses préoccupations face à une « perte de mémoire générale de la société ». Elle a évoqué l’importance de se souvenir des événements historiques, comme la Seconde Guerre mondiale, qui devraient encore résonner dans nos mémoires collectives.
L’œuvre d’Annie Ernaux continue ainsi d’interroger et de résonner, tant par son contenu que par la manière dont elle est reçue par les nouvelles générations.
Source : France Culture
