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Décryptage

Aide au développement : le gouvernement propose de réduire de 11 % les crédits de la mission budgétaire

Le projet de budget pour 2027 remet l’aide publique au développement sous pression, au moment où les bailleurs internationaux réduisent déjà leurs financements. Dans une tribune publiée le 13 octobre 2026 par Le Nouvel Obs, Christian de Perthuis dénonce ce recul. Les documents officiels confirment la baisse, mais invitent aussi à corriger deux chiffres et […]

À RETENIR

L’essentiel en quelques secondes

  • Le projet de budget pour 2027 remet l’aide publique au développement sous pression, au moment où les bailleurs internationaux réduisent déjà leurs financements.
  • Dans une tribune publiée le 13 octobre 2026 par Le Nouvel Obs, Christian de Perthuis dénonce ce recul.
  • Les documents officiels confirment la baisse, mais invitent aussi à corriger deux chiffres et […]

Une coupe proposée, pas encore votée

Déposé à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026, le projet de loi de finances prévoit 3,171 milliards d’euros de crédits de paiement pour la mission « Aide publique au développement », contre 3,569 milliards inscrits dans la loi de finances initiale pour 2026. La diminution proposée est de 11,17 %, soit près de 399 millions d’euros. Elle figure dans le document budgétaire du gouvernement ; elle ne doit donc pas être présentée, à ce stade, comme une coupe définitivement adoptée par le Parlement. ([assemblee-nationale.fr](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/PLF_2027))

La distinction entre « mission budgétaire » et « aide publique au développement » compte. La première désigne des crédits précis du budget de l’État. La seconde est un ensemble statistique plus large, qui peut notamment comprendre, selon les règles de l’OCDE, certaines dépenses engagées dans le pays donateur pour l’accueil des réfugiés. Une baisse de la mission ne se traduit donc pas mécaniquement par une baisse identique de toute l’aide française mesurée par l’OCDE. À l’inverse, regarder seulement l’aide totale peut masquer ce qui arrive aux crédits directement discutés lors du débat budgétaire. ([assemblee-nationale.fr](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/contenu/visualisation/1128210/file/PAP%202027%20-%20Aide%20publique%20au%20d%C3%A9veloppement.pdf))

Sur quatre ans, une baisse forte — mais pas celle annoncée

Christian de Perthuis écrit que l’adoption du projet porterait à « plus de 50 % » la baisse des moyens de cette mission entre 2023 et 2027. Sur la base comparable des crédits de paiement, les documents parlementaires indiquent environ 5,9 milliards d’euros en loi de finances initiale pour 2023. Face aux 3,171 milliards proposés pour 2027, cela représente une baisse d’environ 46,5 %, et non de plus de 50 %. La correction ne rend pas le recul anodin : elle évite de faire dire aux chiffres davantage que ce qu’ils établissent. ([assemblee-nationale.fr](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/docs/RAPPANR5L16B2698-tII.raw?utm_source=openai))

La tribune avance également qu’aucune autre mission de l’État n’aurait subi de coupes comparables. Cette affirmation demanderait une comparaison de toutes les missions, à périmètre et période identiques. Les seuls chiffres de l’aide au développement ne permettent pas de la confirmer. Le débat politique dispose déjà d’un fait solide, sans qu’il soit nécessaire de lui ajouter un record non démontré : le gouvernement propose une nouvelle diminution des crédits de cette mission. ([assemblee-nationale.fr](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/docs/PRJLANR5L17B3210.raw))

À l’international, ne pas confondre constat et projection

Le recul mondial décrit dans la tribune repose, lui, sur des données de l’OCDE. Pour les pays membres de son Comité d’aide au développement, l’aide publique nette a diminué de 23,3 % en 2025 selon les données préliminaires. En revanche, la baisse de 6,9 % en 2026 reste une projection, et non un résultat annuel déjà observé. L’OCDE projette également un ratio de 0,21 % du revenu national brut des pays concernés en 2028. Ses calculs dépendent des budgets annoncés, d’hypothèses pour les années où les informations manquent et de l’évolution économique : ce n’est pas une trajectoire irréversible. ([oecd.org](https://www.oecd.org/en/publications/oda-projections-for-2026-and-the-near-term_d7c74fa2-en/full-report.html))

Cette nuance change la lecture du calendrier. Le chiffre français pour 2027 est une proposition soumise à l’examen parlementaire ; le chiffre international pour 2028 est une estimation. Ni l’un ni l’autre ne décrit des dépenses déjà exécutées. Présenter ces échéances comme acquises retirerait précisément aux décisions politiques leur part de responsabilité — et au Parlement sa place dans l’arbitrage budgétaire. ([assemblee-nationale.fr](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/PLF_2027))

El Niño et prix alimentaires : le risque est réel, le scénario ne l’est pas encore

La tribune associe les coupes d’aide au risque de nouvelles crises alimentaires aggravées par El Niño. Le signal climatique est documenté : le 8 octobre 2026, l’Organisation météorologique mondiale prévoyait une intensification du phénomène et situait son pic autour de décembre 2026, plutôt qu’à la fin de l’hiver. Elle souligne toutefois que les effets varient selon les régions et que ses prévisions saisonnières ne remplacent pas des prévisions locales. ([wmo.int](https://wmo.int/fr/news/media-centre/les-temperatures-de-surface-de-la-mer-traduisent-lintensification-del-nino))

Le signal sur les prix mérite la même précision. L’indice alimentaire de la FAO a augmenté de 1,5 % en septembre 2026 par rapport à août, mais restait 15,1 % sous son pic de mars 2022. La FAO relève aussi plusieurs facteurs derrière les hausses des céréales, notamment des difficultés logistiques et des inquiétudes météorologiques. Affirmer dès aujourd’hui qu’El Niño ramènera les prix aux niveaux de crise de 2022 irait au-delà de ces observations. ([fao.org](https://www.fao.org/worldfoodsituation/FoodPricesIndex/en/))

Ce que le débat budgétaire devra trancher

La question centrale n’est donc pas de choisir entre l’alarmisme et l’indifférence. Ce qui est établi, c’est la contraction déjà mesurée de l’aide des pays donateurs en 2025 et la nouvelle baisse proposée pour la mission française en 2027. Ce qui relève de l’analyse, c’est le jugement de Christian de Perthuis selon lequel ces économies sont un mauvais choix éthique, budgétaire et économique. Ce qui reste incertain, ce sont les crédits que le Parlement adoptera et l’ampleur des crises alimentaires à venir. Le projet de loi fixe le point de départ du débat, pas son résultat. ([assemblee-nationale.fr](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/PLF_2027))


Source principale : Le Nouvel Obs – Politique (www.nouvelobs.com)

Article original : Consulter la source originale

Auteur : Christian de Perthuis

Sources complémentaires

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