ENTRETIEN. Fin de vie :

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Le débat sur la fin de vie reste sensible. Alors que le Sénat vient de rejeter une deuxième fois la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, certaines associations qui la soutiennent sont la cible de menaces virulentes. Pierre Juston, délégué départemental de la Haute-Garonne et du Gers pour l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), en témoigne. Lui-même victime de menaces de mort, il continue à plaider pour une loi qui mettrait un cadre et éviterait les dérives.

Alors que mardi 12 mai, le Sénat a de nouveau rejeté la proposition de loi sur l’aide à mourir, l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) dénonce les lobbys qui influent sur le débat parlementaire et la violence que cette question engendre. Explications avec Pierre Juston, délégué départemental de la Haute-Garonne et secrétaire général adjoint de l’ADMD.

Pierre Juston, délégué départemental de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité, dénonce les lobbys qui nuisent au débat sur la fin de vie.
Pierre Juston, délégué départemental de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité, dénonce les lobbys qui nuisent au débat sur la fin de vie.
DDM archives – SEBASTIEN LAPEYRERE

Votre engagement pour l’aide à mourir vous vaut aujourd’hui des menaces de mort. Comment fait-on face à une telle violence dans ce qui devrait être un débat démocratique ?

Il faut ignorer ce qui circule sur les réseaux sociaux, en particulier sur X. Être accusé de vouloir « assassiner des gens » ou d’être un « nazi » pour le combat que nous menons, c’est extrêmement violent à lire. Quand un juriste comme Grégor Puppinck publie des articles prétendant que notre association, fondée en 1980, aurait des liens avec des mouvements eugénistes issus du nazisme, c’est une tentative de nous discréditer faute d’arguments. Je trouve ça déplorable. Il y a clairement une « bataille culturelle » organisée, notamment à travers les médias de Vincent Bolloré, dont le seul objectif est de salir notre démarche et de faire peur à la population en propageant des mensonges.

Quel est votre argument pour contrer vos opposants sur de potentielles dérives éthiques ?

Il faut rappeler que le droit à mourir dignement est demandé par la personne elle-même, et uniquement par elle. Contrairement à ce qu’on entend parfois, il ne s’agit pas d’un « permis de tuer », c’est un individu qui demande, pour lui-même, l’accès à une aide à mourir, à condition que son consentement soit plein, libre et éclairé. Nos opposants omettent souvent de le préciser, ce droit ne s’applique qu’aux personnes atteintes d’une maladie grave et incurable. Contrairement à certaines affirmations, il ne concerne en aucun cas des personnes simplement porteuses d’un handicap.

N’y a-t-il pas un danger à légaliser l’aide à mourir ?

Honnêtement, je ne le pense pas. Les pays qui ont légalisé l’aide à mourir, comme la Belgique, il y a plus de vingt ans, ont adopté une législation complète qui incluait des financements dédiés aux soins palliatifs et c’est précisément l’objet de la deuxième loi en France. Par ailleurs, le texte rejeté par le Sénat est l’un des plus restrictifs d’Europe en matière d’aide à mourir. Les garde-fous mis en place me semblent donc bien suffisants pour prévenir tout dérapage. Car c’est justement l’absence de cadre légal qui crée aujourd’hui des abus. Les dérives existent déjà en France, et ce depuis de nombreuses années, la loi ne les introduit pas, elle cherche à les encadrer.

Les parlementaires sont très attentifs aux lobbys religieux

La clause de conscience va-t-elle permettre à tous les patients de pouvoir exercer leur droit sans se heurter à un refus général des médecins ?

Déjà, pour le principe, on ne demande pas une loi de liberté de conscience pour le patient pour venir nier celle du médecin. On a toujours demandé qu’il y ait une clause de conscience, comme c’était le cas par exemple pour l’IVG. Si un certain nombre de soignants ne veulent pas faire ce geste-là pour des raisons éthiques qui peuvent être tout à fait compréhensibles, ils ne le font pas. Pour autant, il y a tout un tas de soignants qui ont tout à fait la capacité de faire ces gestes-là, qui l’ont fait savoir.

Comment expliquez-vous le fossé entre l’opinion publique, largement favorable à une évolution de la loi, et l’opposition de nombreux parlementaires ?

Plusieurs facteurs l’expliquent. D’abord, un lobbying religieux très puissant : les sondages montrent depuis dix ans que les croyants, y compris pratiquants, sont majoritairement favorables à cette évolution, contrairement à leurs responsables religieux, unanimement contre. Or, certains parlementaires sont très attentifs à ce lobby.

Cette opposition tient-elle aussi à la façon dont le débat est médiatisé ?

Le débat doit être public, c’est normal. Le problème vient de certains médias, notamment ceux dans l’orbite de Vincent Bolloré, dont les vues idéologiques sont proches de ces réseaux intégristes. C’est là que naît la violence dans l’espace public, pas dans la médiatisation elle-même.

Source : La Dépêche.

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