La Guinée a inauguré dimanche 1er novembre à Conakry sa première raffinerie d’or. Pour le ministre des Mines, Bouna Sylla, l’installation doit permettre au pays de capter une partie de la valeur liée au traitement du métal, jusque-là réalisée hors de ses frontières. Mais les bénéfices économiques et les garanties de traçabilité dépendront de l’usage qui sera fait de cette nouvelle capacité, souligne Patrick Schein, président du conseil d’administration de l’Alliance pour une mine responsable (ARM).

Un enjeu de souveraineté, sous conditions

La Guinée figure parmi les principaux producteurs d’or du continent, aux côtés notamment du Ghana, de l’Afrique du Sud et du Burkina Faso, selon le World Gold Council cité par DW. Jusqu’à présent, le raffinage de l’or guinéen ne profitait pas au pays, a fait valoir Bouna Sylla lors de l’inauguration.
Raffiner localement peut présenter un intérêt si l’or sert à constituer des réserves nationales. Patrick Schein y voit alors un choix de souveraineté : le pays peut détenir de l’or extrait sur son territoire plutôt que de constituer ses réserves avec du métal venu d’ailleurs. Pour que cet or soit reconnu sur les marchés internationaux, il doit toutefois bénéficier d’un affinage et d’une certification répondant aux exigences internationales.
La question de la compétitivité reste également posée. Si l’or raffiné est destiné à être vendu à l’étranger, l’installation guinéenne devra rivaliser avec des affineurs établis notamment à Dubaï ou en Inde, observe Patrick Schein.
Une valeur ajoutée limitée au raffinage
Le raffinage, à lui seul, ne garantit pas des retombées économiques importantes. Selon Patrick Schein, son coût représente moins de 1 % de la valeur de l’or. La création de valeur par cette seule opération est donc limitée.
Des activités complémentaires, comme la fabrication de bijoux ou d’autres produits, pourraient apporter davantage, estime-t-il. Elles nécessiteraient cependant des compétences techniques et une production de qualité industrielle répondant aux standards internationaux. L’entretien ne précise pas si de telles activités sont prévues autour de la raffinerie guinéenne.
La traçabilité, enjeu central
Patrick Schein met en garde contre un risque lié à l’origine de l’or traité. Selon lui, le lieu du raffinage peut déterminer son origine au regard des règles douanières. Si de l’or venu d’un pays voisin entrait en Guinée, légalement ou de manière informelle, puis y était raffiné, il pourrait être identifié comme guinéen. La raffinerie pourrait alors, si elle servait de plateforme de transit, faciliter le blanchiment de l’origine du métal, avertit-il.
Il souligne aussi qu’il est plus difficile de suivre la provenance d’un or raffiné que celle d’un or brut. À l’inverse, une filière permettant d’associer chaque lingot à son lieu d’extraction, de mieux rémunérer les mineurs et de séparer l’or produit sans mercure pourrait améliorer la transparence. Pour le responsable de l’ARM, ces bénéfices dépendront de la mise en œuvre effective de ces garanties.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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