Un verre sans étiquette, quelques minutes pour l’observer et le goûter, puis un pari à formuler : la dégustation à l’aveugle transforme le vin en énigme. Le 17 octobre 2026, à Avignon, la sommelière Camille Guilbaud et Candy Sangare ont résolu cette énigme mieux que les équipes venues des cinq continents. Leur victoire met en lumière un métier où la mémoire des arômes compte autant que la capacité à confronter ses impressions.

Douze vins, quatre pistes à déchiffrer

Au World Tasting Championship, organisé par La Revue du vin de France, les équipes doivent identifier douze vins servis sans indication. Pour chacun, il faut proposer le cépage, le pays d’origine, l’appellation et le millésime. La finale 2026 réunissait 41 équipes au Palais des Papes. La France s’est imposée avec 189 points, devant le Japon et le Brésil. (larvf.com)
Ce format exige une dégustation méthodique. La robe fournit des indices, mais ne suffit pas : il faut aussi prêter attention aux arômes, à l’acidité, à la structure et à la longueur en bouche. Aucun de ces éléments ne donne seul une réponse certaine. C’est leur combinaison qui permet de construire des hypothèses, puis de les confronter aux connaissances des dégustateurs.
Cette pratique rappelle qu’une dégustation n’est pas seulement une affaire de vocabulaire savant. Décrire ce que l’on perçoit, distinguer une sensation d’une supposition et écouter une autre lecture du même vin sont des réflexes précieux. Dans une compétition chronométrée, l’enjeu est aussi de savoir quand s’en tenir à une intuition plutôt que de multiplier les pistes.
Un duo qui s’appuie sur deux sensibilités
Camille Guilbaud exerce comme sommelière à l’Hôtel du Cap-Eden-Roc, à Antibes, où la cave compte plus de 5 000 références selon le portrait publié par France 3 Régions. Son parcours vers le vin n’était pas tracé d’avance : après avoir envisagé des études vétérinaires au Brésil, elle s’est orientée vers les métiers de la restauration, puis vers la sommellerie.
La rencontre avec Candy Sangare a été déterminante. Leur complicité s’est construite au fil de leurs expériences professionnelles, avant de se prolonger dans la compétition. Dans un concours où les réponses se discutent à deux, cette confiance permet de partager les observations et de mettre à l’épreuve une première impression. L’équipe française a finalement remporté le titre dans un format resserré à deux dégustatrices. (larvf.com)
Leur résultat est d’autant plus marquant que la France défendait son titre acquis en 2025. Le championnat donne ainsi une dimension collective à une discipline souvent imaginée comme solitaire : chaque participant développe son propre palais, mais la décision se construit aussi dans l’échange. Le millésime, l’origine ou le cépage ne se devinent pas par magie ; ils se déduisent en reliant des sensations à des repères appris.
Une victoire au terme d’un suspense serré
La dernière partie de l’épreuve a été décisive : le Japon devançait la France avant le dernier vin. Les Françaises ont fini par prendre l’avantage et décrocher la première place, avec huit points d’avance sur leurs rivaux japonais. Le podium a été complété par le Brésil. Ces résultats donnent une mesure concrète de la précision demandée : même après douze dégustations, quelques réponses bien ciblées peuvent faire basculer le classement. (larvf.com)
Pour les curieux, l’exercice peut inspirer une dégustation à la maison, sans chercher à reproduire la pression d’un championnat. Choisir un vin sans en dévoiler l’étiquette, noter d’abord ses impressions séparément, puis comparer ses observations permet de mieux écouter et décrire ce que l’on goûte. L’objectif n’est pas de trouver à tout prix une appellation ou un millésime, mais d’affiner son attention et de découvrir comment deux personnes peuvent percevoir différemment un même verre.
À Antibes, Camille Guilbaud retrouve la cave de son hôtel et son travail de sommelière, désormais auréolée d’un titre mondial partagé avec Candy Sangare. À Avignon, leur victoire rappelle que la dégustation est à la fois une technique, une expérience sensorielle et un dialogue : trois dimensions qui donnent au vin bien plus qu’une simple place à table.
Source : France 3 Régions – gastronomie
Article original : Consulter la source originale







