Bernard Lahire analyse les dynamiques sociales contemporaines et leurs implications.
Comprendre le monde avec Bernard Lahire
La phrase de Karl Marx, « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience », a profondément marqué Bernard Lahire. Cette réflexion a été le point de départ de son parcours académique, le poussant à explorer comment les conditions matérielles d’existence influencent les pensées, croyances et émotions des individus.
Dans son ouvrage « Les structures fondamentales des sociétés humaines », Lahire établit un lien entre les sciences sociales et les sciences naturelles. Il s’appuie sur les connaissances biologiques des sociétés humaines et animales pour élucider les invariants et lois qui régissent la structure sociale humaine. Cette approche novatrice vise à offrir une meilleure compréhension des dynamiques sociales.
Dans son dernier livre, « Pourquoi comprenons-nous le monde ? », Lahire s’interroge sur la manière dont nos connaissances émergent des réalités du vivant avec lequel nous coévoluons. Il souligne que l’apprentissage est au cœur de cette coévolution, s’étendant même au niveau cellulaire.
Renouer les liens entre le social et le vivant
En citant Émile Durkheim et Marcel Mauss, qui considéraient la vie sociale comme une forme d’organisation, Lahire remet en lumière une dimension souvent négligée de la sociologie contemporaine. Bien qu’il reconnaisse une certaine légitimité à la méfiance envers le déterminisme biologique, il plaide pour une exploration scientifique audacieuse, affirmant que les chercheurs doivent transcender les frontières disciplinaires.
Il examine également les animaux « altriciels », notamment les primates, pour éclairer l’organisation sociale humaine et ses structures familiales, mettant en avant la dépendance prolongée des jeunes envers les adultes.
Un parcours atypique
Bernard Lahire, premier de sa famille à obtenir son baccalauréat, a grandi à Vénissieux. Sa mère aspirait à ce qu’il ait un métier moins éprouvant que le sien. Cette trajectoire, marquée par un contraste entre sa réussite scolaire et le décrochage de ses proches, a alimenté son questionnement sur le fonctionnement social. Sa découverte de Marx et de Pierre Bourdieu a été déterminante pour sa vocation, bien qu’il se positionne comme un « bourdieusien hétérodoxe », revendiquant une critique constructive de leurs idées.
Biomimétisme et intelligence artificielle
Lahire aborde également le biomimétisme, illustrant comment des technologies modernes, telles que les algorithmes GPS, s’inspirent des comportements collectifs observés chez les fourmis. Il souligne que ces solutions, déjà éprouvées par la sélection naturelle, sont souvent redécouvertes avec un retard considérable.
En ce qui concerne l’intelligence artificielle, il la décrit comme une externalisation du fonctionnement probabiliste du cerveau humain. Bien qu’il relativise les craintes d’un risque existentiel pour l’humanité, il rappelle que notre capacité à comprendre le monde repose sur des régularités, soulignant que sans elles, la compréhension serait impossible.
Pour en savoir plus, consultez les ouvrages de Bernard Lahire, notamment « Pourquoi comprenons-nous le monde ? » (2026) et « Les structures fondamentales des sociétés humaines » (2023).
Source : France Inter
