Évaluation des « rues des enfants » à Lyon : analyse spatialisée des usages observés
Évaluation des « rues des enfants » à Lyon : une analyse spatialisée des usages
Dans le cadre du programme européen REALLOCATE, la Ville de Lyon expérimente depuis plusieurs années des dispositifs de « rues aux enfants » afin d’apaiser les abords des établissements scolaires. Le Cerema a accompagné la collectivité dans l’évaluation de ces aménagements en développant une méthodologie innovante d’analyse spatialisée des usages de l’espace public, fondée sur l’exploitation de captations vidéo et la production de cartes de densité.
Les questions centrales de cette initiative concernent la réappropriation des espaces publics par les enfants et leurs parents, qu’ils soient cyclistes ou piétons, dans les zones apaisées ou piétonnisées. Quels effets ces réaménagements de voirie en faveur des modes actifs ont-ils sur les usages et les interactions entre usagers ?
Repenser les abords des écoles : comment les usagers se déplacent-ils réellement ?
Le dispositif « rues aux enfants » de Lyon s’inscrit dans le programme européen REALLOCATE, qui vise à promouvoir des « mobilités plus durables et plus inclusives », en rééquilibrant l’espace public au profit des modes actifs. Depuis 2020, plusieurs sites lyonnais ont bénéficié d’aménagements visant à réduire la circulation automobile aux abords des écoles. Ces aménagements incluent l’élargissement des parvis, la suppression du stationnement, des modifications de la chaussée pour réduire la vitesse et le volume de trafic, ainsi que la création de zones de rencontres et la piétonisation de certaines rues.
Au-delà des objectifs de sécurité, ces dispositifs interrogent les usages réels de l’espace public. Les piétons occupent-ils davantage l’espace lorsque celui-ci leur est partiellement ou totalement réalloué ? Comment les usages évoluent-ils selon les moments de la journée ? Quelle est la cohabitation entre piétons et cyclistes ?
Une méthodologie innovante fondée sur l’analyse vidéo et la cartographie des usages
Pour évaluer ces transformations, le Cerema a développé une méthodologie d’analyse basée sur l’exploitation de captations vidéo et la production de cartes de densité par typologie d’usagers : piétons, cyclistes et engins de déplacement personnel motorisé (EDPM). Des campagnes de captation vidéo ont été réalisées à différents moments de la journée, permettant de reconstituer les trajectoires et positions des usagers et de produire des cartographies des usages.
Cette approche a permis d’identifier :
- les zones les plus fréquentées ;
- les principaux flux de déplacement des modes actifs ;
- les espaces de croisement et d’interaction entre usagers ;
- les logiques d’occupation de l’espace selon les configurations d’aménagement.
L’objectif était de passer d’une perception des usages à une analyse objectivée des pratiques réelles.
Des cartes de densité pour mieux comprendre les effets des aménagements
L’exploitation des cartes produites a mis en évidence des mécanismes souvent difficiles à observer directement sur le terrain. L’étude montre que le profil des aménagements influence fortement les usages. Lorsque la distinction entre trottoir et chaussée est claire, les pratiques restent souvent séparées. En revanche, les aménagements de façade à façade favorisent une occupation plus diffuse et partagée de l’espace public.
Les analyses révèlent également l’influence des temporalités. Les sorties d’école correspondent à des périodes de forte réappropriation piétonne, tandis que les heures d’entrée relèvent davantage de logiques de déplacement et de dépose. Les cartes permettent également d’identifier les zones d’interaction entre usagers, notamment aux abords des écoles, des traversées ou des espaces contraints, qui sont des points d’attention pour l’analyse des conditions de cohabitation entre piétons et modes roulants.
Source : Cerema
