Alors que le débat sur l’utilisation des pesticides en agriculture prend de l’ampleur, la question se pose : comment les politiques agricoles peuvent-elles intégrer de nouvelles pratiques visant à réduire cette dépendance ? Un réseau de recherche de l’INRAE, dédié à l’expérimentation de systèmes de culture sans pesticides, offre des pistes encourageantes pour l’avenir de la Politique Agricole Commune (PAC).

Ce que montrent les données

Sur une période de dix ans, de 2012 à 2022, le réseau Rés0Pest a mené des essais sur neuf sites en France. Ces expérimentations ont testé divers systèmes de cultures sans usage de pesticides chimiques de synthèse, incluant aussi bien des grandes cultures que des systèmes de polyculture-élevage. Leurs résultats sont encourageants : tout en maintenant un rendement moyen équivalent à 85 % de celui des méthodes conventionnelles, plusieurs cultures ont même dépassé les rendements régionaux, comme le colza et la betterave sucrière.
En particulier, la culture de la pomme de terre a montré des résultats impressionnants grâce à l’emploi de variétés résistantes, atteignant environ 80 % des rendements traditionnels depuis 2019. Ces données soulignent qu’il est non seulement possible d’agir, mais également que la rentabilité des exploitations peut se maintenir, voire augmenter dans certaines conditions.
Comment comprendre le phénomène
Ce passage à des méthodes de culture sans pesticides ne doit pas être perçu comme un retour en arrière, mais comme une nécessité d’adaptation. L’agriculture européenne a historiquement été développée avec une forte dépendance aux intrants chimiques, rendant difficile la transition vers des systèmes plus durables. La recherche montre que, loin de désavantager la production agricole, une transition bien planifiée peut en réalité préserver et même améliorer certains rendements, tout en favorisant la santé des sols sur le long terme.
Les travaux du réseau Rés0Pest rejoignent ceux de la plate-forme Syppre, mettant en lumière les données technico-économiques nécessaires pour guider cette transformation. Cependant, leur généralisation dans l’ensemble de l’agriculture nécessitera un cadre politique incitatif, notamment à travers des réformes de la PAC qui privilégient des systèmes de compensation pour le travail, la formation et l’innovant dans le domaine.
Qui est concerné
Les agriculteurs, qui représentent une part significative de la population active, sont au cœur de cette problématique. Beaucoup d’entre eux font face à des choix économiques difficiles : continuer avec des méthodes éprouvées mais de plus en plus critiquées, ou se lancer dans des pratiques moins conventionnelles mais potentiellement plus durables. Les structures politiques, les centres de recherche, et les organisations agricoles doivent collaborer pour proposer des mesures concrètes et réalistes qui soutiennent cette transition.
Il est crucial d’inclure les agriculteurs dans le processus de changement, car ce sont eux qui sont au contact directe des réalités du terrain. Des formations et des incitations à adopter des pratiques agroécologiques doivent être mises en place pour faciliter ce passage.
Les limites et les incertitudes
Malgré les résultats prometteurs des recherches actuelles, plusieurs défis subsistent avant de pouvoir généraliser ces pratiques à grande échelle. L’une des principales difficultés réside dans la gestion des adventices, des plantes considérées comme indésirables, qui continuent de poser des problèmes dans les systèmes sans pesticides. En outre, les freins économiques, techniques et sociaux jouent un rôle significatif : la PAC actuelle favorise encore des pratiques traditionnelles, et le chemin vers une agriculture sans pesticides nécessite des ajustements forts dans la réglementation et les subventions agricoles.
En somme, la question du passage à des systèmes de culture moins dépendants des pesticides est complexe et multidimensionnelle. Elle nécessite un soutien politique solide, des investissements dans la recherche et une volonté collective de changement.
Source : Futuribles
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